Forte de son statut de deuxième producteur d’acier dans le monde, l’Union Européenne s’est affirmée comme un acteur essentiel de ce secteur industriel. Cette situation est aujourd’hui très fortement fragilisée par la crise mondiale de l’acier et qui résulte tant du dumping chinois que des erreurs stratégiques des industriels établis sur le territoire européen.

Agir en Europe pour ne pas subir la crise Chinoise

Après avoir atteint son apogée, la croissance chinoise subit désormais un ralentissement important. Pour autant, les industriels chinois, leaders du marché mondial de la sidérurgie, ont longtemps continué de faire tourner leur usine à plein régime. En conséquence, la Chine dispose aujourd’hui de stock d’acier qu’elle doit exporter pour parvenir à le vendre.

Parmi les débouchés pour cet acier dont le prix est, en raison de son abondance, incroyablement bas, figure le marché européen.

La crise chinoise rencontre ici la crise européenne, l’acier européen n’étant plus compétitif face au prix de vente déloyal de l’acier chinois.

L’urgence de cette situation a poussé six ministres de l’industrie de l’Union Européenne, parmi lesquels le français Emmanuel Macron, l’allemand Sigmard Gabriel, le britannique Sajid Javid et l’italienne Federica Guidi à s’adresser à la Commission Européenne pour lui demander de prendre d’urgence les mesures nécessaires :

« L’Union Européenne ne peut rester passive lorsque l’augmentation des pertes d’emploi et des fermetures d’aciérie montre qu’il existe un risque important et imminent d’effondrement du secteur européen de l’acier ».

Agir en Europe pour ne pas subir la crise Chinoise (1)1. Refuser de reconnaître le statut d’économie de marché à la Chine

Le statut « d’économie de marché » est un statut juridique conféré par l’Organisation Mondiale du Commerce. Si un pays n’en dispose pas (comme c’est le cas de la Chine aujourd’hui), les autres adhérents sont fondés à mettre en œuvre des procédures anti-dumping (principalement l’augmentation des droits de douanes) dès lors qu’ils s’estiment être victime d’une procédure déloyale.

Si la Chine se voit reconnaître ce statut, l’Union Européenne ne pourra plus légalement s’opposer aux importations chinoises, notamment en matière sidérurgique.

Fort heureusement, la Commission Européenne peut encore, et  doit absolument, refuser cette reconnaissance.

2. Ouvrir des enquêtes publiques sur les ventes à perte

En outre, comme le demandent les ministres de l’industrie des États-membres, il est impératif d’ouvrir des enquêtes visant les importations sur le sol européen des types de produits en acier en provenance de Chine (tubes sans soudure, tôles fortes et acier plat laminé à chaud) et soupçonnés d’être vendus à perte, soit en parfaite violation des règles de la concurrence.

3. Prendre des mesures immédiates et provisoires anti-dumping en augmentant les droits de douane sur l’acier vendus à bas coût

Il faut encore, sans attendre, prendre des mesures immédiates et provisoires destinées à combattre la concurrence déloyale de l’acier chinois dès qu’un prix prédateur est identifié sur les marchés.

Agir en Europe pour ne pas subir la crise Chinoise (2)

Il est cependant nécessaire de rappeler que l’Union Européenne et ses dirigeants ont une part de responsabilité dans la glissade que connaît la sidérurgie sur le territoire européen.

En effet, s’il n’appartient pas aux pouvoirs publics et aux ministres d’économies des États-membres de faire l’économie, ils ont une responsabilité majeure dans son organisation. Sur ce dernier point, ils ont failli sur plusieurs plans, comme l’illustre parfaitement la déconfiture du groupe Arcelor-Mittal qui vient d’enregistrer des pertes record.

A cet égard, on identifie au moins deux erreurs importantes affectant la stratégie européenne :

Une grande naïveté dans la constitution d’un groupe quasi monopolistique,

Une stratégie d’investissement défaillante privilégiant l’approvisionnement au détriment de l’innovation, seul levier de différenciation de l’acier européen.

En 2006, l’industriel indien Mittal lançait une offre publique d’achat sur le fleuron européen Arcelor. La constitution de ce mastodonte au cœur de l’Union Européenne inquiétait déjà au regard de la stratégie de restructuration adoptée par Mittal dans l’intégralité des sites de production qu’il avait préalablement acheté. Mais surtout, la création d’un monopole au cœur de l’acier européen allait à l’encontre de la volonté de construire un marché européen concurrentiel et dynamique.

La stratégie d’investissement de Mittal est également au cœur de la crise européenne.

Agir en Europe pour ne pas subir la crise Chinoise (2)

L’industriel indien, préoccupé par son approvisionnement, a choisi d’investir massivement dans les mines pour sécuriser sa filière et garantir son accès aux matières premières. Le prix du minerai de fer étant depuis plusieurs semaines en chute libre sur les marchés, le pari de Mittal s’avère perdant puisque ses actifs sont dépréciés et que le groupe enregistre d’importantes pertes.

Se faisant, Mittal a également tourné le dos au seul levier de différenciation qui lui aurait permis de développer une activité pérenne en Union Européenne : l’innovation. Les aciéries rachetées en France, à Florange notamment, regorgeaient de savoir-faire particulier et de technologies de pointe qui auraient du permettre à l’investisseur de développer une activité rentable et surtout de se distinguer sur les marchés. L’investissement dans les nouvelles technologies sidérurgiques aurait également permis de sauver des milliers d’emplois dans l’Est de la France.

Cet échec industriel, dans toutes les acceptions du terme, met ici en exergue la responsabilité de l’Union concernant le respect du droit de la concurrence mais aussi dans le pilotage d’un secteur stratégique.

L’Union Européenne doit désormais démontrer sa capacité à définir une politique commune de relance d’une industrie en difficulté. Il en va de la crédibilité de son projet et de l’avenir de millions de travailleurs européens. Elle doit également garantir aux gouvernements des Etats membres sa faculté à protéger leurs industries, faute de quoi, elle perdra définitivement le soutien des peuples européens, et notamment des français.

Pour l’heure, les dirigeants français semblent avoir tiré les leçons de ce fiasco. La loi autorise désormais l’État à exproprier, temporairement et/ou partiellement, un actionnaire privé dont la défaillance menace l’emploi et dans l’objectif d’assurer la sauvegarde et la réorientation industrielle d’une entreprise. Cette mesure, portée par Arnaud Montebourg lorsqu’il était ministre de l’économie et confronté à la fermeture des hauts fourneaux de Florange, figure désormais à l’article 70 de la loi … Macron.

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