Nous avons rencontré Astrid Guyart à la soirée annuelle de l’IME lors de laquelle elle est intervenue afin de parler de son parcours en tant qu’escrimeuse. A cette occasion nous avons souhaité aller plus loin afin d’échanger avec elle sur sa passion, sur le sport de haut niveau et sur le parallèle qu’elle fait entre sport et entreprise. Une championne française qui garde la tête sur les épaules en alliant à la perfection sa carrière sportive et professionnelle.

22h55m05s-3Q0A2851

Le blog s’appelle Crescendo. La première question que l’on pose à tout le monde c’est « Que signifie Crescendo pour toi ? »

Crescendo pour moi c’est monter en puissance, petit à petit, en suivant des étapes claires et naturelles. On part d’une envie, d’une idée et crescendo, on va tout mettre en place puis passer tous les paliers, exploser et atteindre son objectif.

Comment en es-tu arrivée à l’escrime ?

Je suis arrivée à l’escrime parce que mon grand frère, Brice, en faisait déjà et donc j’accompagnais ma mère 2 fois par semaine le chercher. Et à un moment donné quand j’avais 5 ans, le maître d’arme m’a dit : « Vas-y toi aussi, maintenant que tu as l’âge légal ». On m’a donc mis un fleuret dans les mains à 5 ans et je ne l’ai jamais lâché depuis.

Est-ce que tu peux nous parler de ton palmarès ?

Dans mon palmarès il y a à la fois du par équipes : vice-championne du monde, vice-championne d’Europe, 4ème aux Jeux Olympiques de Londres et de l’individuel: deux victoires en coupe du monde, championne de France, championne des Jeux Méditerranéens, 6ème aux Jeux Olympiques de Rio.

22h53m50s-3Q0A2846

Parle-nous des J.O. Comment tu le vis etc.

Les J.O, c’est un rêve, c’est immense, c’est intense, ça vous dépasse un peu. Ça m’a un peu dépassé à Londres mais à Rio j’étais tellement dedans, je l’ai vécu chaque seconde, intensément. Ce sont des rêves de gamins qui se réalisent, c’est une intensité dans l’action que je crois n’avoir jamais connue.

Si c’était à refaire, est-ce que tu ferais les choses différemment, par rapport à Rio ?

Je ne changerais rien. J’étais hyper préparée, j’étais prête, présente, en forme. Je suis juste tombée sur plus forte que moi par le jeu d’un tirage au sort qui me met face à la future championne olympique en quart de finale alors qu’elle est ce jour-là quasiment imbattable. Et en escrime, il n’y a pas de repêchage. Donc quelque part, il faut accepter que des fois ça tient au petit coup de pouce du destin, qui n’était pas là ce jour-là.

Tu as reçu le trophée « Sport et Management » de la meilleure reconversion professionnelle en 2015. Peux-tu nous dire comment tu as réussi à l’avoir et qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?

Effectivement, j’ai eu ce trophée parce qu’en parallèle de l’escrime, je travaille chez Airbus Safran Launchers. J’ai eu plusieurs missions. J’ai notamment commencé en tant qu’architecte de véhicules spatiaux, c’est un peu pompeux mais grosso modo il s’agit de concevoir le design et d’étudier la faisabilité des véhicules du futur.

Des fusées ou des cargos ?

Des fusées, bien sûr mais aussi modules martiens, voir des engins pour retirer les débris spatiaux.

22h55m21s-3Q0A2853

Donc Ariane 5 ?

Ariane 5 existe déjà, désormais on conçoit plutôt la suite d’Ariane 5 avec Ariane 6.

Alors, qu’est-ce que tu fais sur Ariane 6 ?

Sur Ariane 6, au départ c’était vraiment de la conception amont en bureau d’études (design des structures et aménagement intérieur des équipements) alors que maintenant, je suis en support direct à la production au bureau méthode. L’objectif est d’y garantir la façon de fabriquer des structures métalliques dont certaines voleront justement sur Ariane 6.

Tu as écrit deux collections d’albums jeunesse autour du sport, qui paraît en mars. Est-ce que tu peux nous en parler ?

Oui, ça s’appelle « Les incroyables rencontres de Jo ». Jo pour jeux olympiques, c’est un jeune héros à qui il va arriver des déboires dans des situations de la vie quotidienne. Heureusement, au cours de chaque histoire, il fera la rencontre d’un enfant de son âge qui deviendra 20 ans plus tard un grand champion français.

Au travers de cette incroyable rencontre, il va donc avoir l’occasion de découvrir un sport, ses valeurs et surtout il va être amené à trouver des ressources en lui qu’il ne pensait pas avoir au début de l’histoire. C’est le sport, prétexte et vecteur de réalisation personnelle, de développement personnel et non pas uniquement le sport sous ses aspects de performance.

23h00m06s-3Q0A2874

Est-ce que tu as eu un mentor, quelqu’un qui t’a marqué que ce soit du point de vue sportif ou professionnel ?

En fait, j’ai eu plein de petits mentors. Je n’ai pas une personne en particulier qui me marque mais je peux vous dire par exemple que ma nièce, qui a 2 ans, a pu être une source d’inspiration. L’année dernière, je rentrais parfois de compétition qualificative pour les jeux olympiques en étant dans le dur, en proie aux doutes… et quand je la voyais être contemplative, admirative et heureuse de tout, je me mettais à la place de ses yeux et tout redevenait simple, ou du moins à sa juste place.

En fait, des mentors, je peux potentiellement en avoir à chaque rencontre ! Il y a plein de fois où les gens vont me toucher ou me faire poser des questions par des conversations anodines. Ils ne s’en aperçoivent juste peut-être pas mais ce sont des moments magiques.

Quel est le moment le plus excitant quand tu entreprends quelque chose ?

Le moment où l’on ne sait pas si ça va marcher. Parce qu’on ne sait jamais si ça va marcher.

23h05m01s-3Q0A2880

Est-ce que tu peux faire un parallèle entre ton métier professionnel et le sport de haut niveau ?

Je ne fais pas forcément de parallèle mais l’un m’a aidé à faire l’autre. A chaque fois il y a des habilités dans le monde professionnel que j’ai utilisé en escrime : facilité à s’organiser, à s’entourer, à créer son écosystème, capacité à analyser les problèmes aussi, à penser solution plutôt qu’à rester focalisé sur ce qui ne va pas.

Et puis même au niveau de la concentration, mon expérience à Airbus m’a permis de m’approprier une forme de concentration que j’ai ensuite retransmis sur la piste et inversement aujourd’hui. Quant au sport, toutes les habiletés qu’il génère sont directement transmises dans ce que je suis et donc je les imagine dans mon travail professionnel.

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui veulent se lancer dans leur entreprise ou dans un sport de haut niveau ?

Il faut croire en ses rêves. Si à un moment donné, vous ressentez que vous avez envie de faire quelque chose, il faut foncer. Même si on vous dit que ce n’est pas possible ou si on rigole quand vous en parlez… c’est leur problème. Si vous le sentez et que c’est une inspiration… Il peut toujours y avoir des contraintes, des irritants mais si on en a vraiment envie, toutes les barrières peuvent tomber avec la force de la motivation.

les-questions-rapido

Motivée ou déterminée ?

Les deux mon capitaine ! C’est pas la même chose, ce ne sont pas les mêmes moments. Tu es motivé au départ, c’est ça qui te rend déterminé à la fin.

Leader ou manager ?

Leader. Il faut être un leader si tu veux être un bon manager.

Quel est ton dernier texto ?

J’arrive bientôt.

Est-ce que tu as un livre qui te parle ou à nous conseiller ?

« La nuit des temps » de Barjavel. Je ne voulais pas que ce livre se termine, j’ai hésité à lire la dernière page !

Un film ?

« Va, vis et deviens ».

Dans le sport, est-ce que tu as une musique que tu écoutes et qui te motive, pour notre playlist Deezer ?

« Ma vie dans la tienne » de Lara Fabian. A un moment donné, c’était parfois difficile avec la qualification olympique et j’avais besoin de me reconnecter à des choses très simples, en l’occurrence ma vie privée et l’amour. Ça permet aussi de prendre un peu de hauteur avec ce qui nous attend au moment de monter sur la piste.

Pierre brute ou pierre polie ?

Brute.

Quand tu arrives sur notre blog, il y a une citation de Kennedy : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs ». Que penses-tu de cette citation ?

C’est obligatoire. Et les meilleurs vous obligent à donner votre meilleur en retour. C’est comme ça qu’on avance et qu’on s’améliore chaque jour un peu plus.

unspecified

Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur son site, son Flickr sur sa page Facebook !

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please copy the string yXinN3 to the field below: