Nous avons rencontré Axelle Tessandier à Paris, plus précisément à la Gaité Lyrique, cette salle de spectacle parisienne, reconvertie en centre culturel consacré aux arts numériques et aux musiques actuelles. Comme un clin d’œil à son parcours et sa personnalité.

Après avoir vécu six années au coeur de la Silicon Valley, elle est revenue en France. Son parcours à travers des startups connues et reconnues, ainsi que la société qu’elle a fondée par la suite lui ont permis d’acquérir une expérience certaine et d’être reconnue par ses pairs, comme une véritable entrepreneur.

Une vision novatrice et particulière de l’entrepreneuriat à découvrir à travers l’interview de celle qui a été chargée de lancer KickStarter en France !

DSC_3644Que signifie pour toi Crescendo ?

Crescendo, j’aime bien ce mot parce que ça parle d’une évolution, mais à un rythme soutenu. Une montée qui se fait sur le bon rythme, vers le succès à mon avis.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai fait des études qui n’ont rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui, je travaillais dans l’audiovisuel. Ensuite, je suis partie à Berlin pendant 3 mois, c’était sponsorisé par Google et T-Mobile. Je me suis retrouvée dans un incubateur avec 28 personnes du monde entier, 15 nationalités différentes réunies afin de réfléchir sur le futur du travail pour la génération Y. Par la suite, 8 des résidents sont partis à San Francisco pour continuer à travailler sur le projet, je faisais partie des 8.

À la base, je devais rester 3 mois et je suis finalement restée 6 ans. J’avais une résidence artistique dans un hub partenaire qui s’appelait la Gaffta le Google Labs, c’est une galerie numérique. J’étais résidente artiste là bas, et puis en fait au lieu de continuer à travailler sur le projet que j’avais avec ma partenaire j’ai commencé à organiser mes propres événements à la Gaffta et à écrire sur les nouvelles technologies. J’ai ensuite proposé à des pures player de leurs raconter ce qu’il se passait dans la Silicon Valley, d’être leurs yeux et leurs oreilles.

C’est comme ça que je me suis fait repérer par une start-up, j’ai été recommandé par un chasseur de tête et je suis devenue directrice marketing d’une start-up qui s’appelle Scoop.it. Je me suis occupée du lancement de Scoop.it aux États Unis, je suis devenue leur première employée à San Francisco. J’ai commencé ensuite à faire du trend spotting, du retour de tendance pour la start-up My Little Paris à côté de Scoop.it. Chaque année j’allais à un festival qui s’appelle South by Southwest à Austin, qui est la plus grosse conférence technologique du monde. Je me suis rendu compte qu’il était temps de me lancer et de voler de mes propres ailes.

DSC_3627

Et ton parcours d’entrepreneuse ?

Le jour de mon anniversaire, le 22 mars, j’ai donc annoncé que je partais, ça a été tout un processus, pendant 6 ou 7 mois je suis restée évangéliste technologique. J’ai ensuite déposé mes statuts de AxlAgency à San Francisco, j’ai déposé le logo, fait mon site internet et créé Axlagency ma propre boîte en 2013. Ce qui a été un réel tournant pour ma boîte c’est Kickstarter qui est la plus grosse plateforme de financement participatif au monde, je les avais rencontrés à Portland et deux ans plus tard ils m’appellent, ils se lançaient en France et me proposent de m’en occuper, la seule condition sine qua non c’était que je passe au moins 3 mois à Paris.

J’ai accepté et je suis rentrée. En France je me suis rendue compte que tout l’écosystème avait pas mal évolué et ça m’a donné envie d’y passer plus de temps. J’ai commencé à m’intéresser et à me passionner pour la révolution numérique et les nouveaux outils dit de « civic technology », comment cette révolution pouvait impliquer le citoyen.

On peut te voir parler de politique, dans des événements, comment te positionnes tu par rapport à la politique ?

Concernant la politique au sens large du terme, l’engagement, c’est un peu comme un virus, ça m’avait quitté quand j’étais aux États Unis car j’avais été assez écœurée par tout le système politique français. Mais souvent il suffit d’un déclic pour que tout revienne, le premier,  ça a été les événements du 7 janvier 2015, ça m’a marqué, j’étais frustrée d’être loin de mon pays dans ce moment-là parce que j’avais gardé un lien avec la France.

Il y a eu aussi une rencontre à San Francisco. Christine Lagarde, était venue faire un discours à Standford et a demandé à rencontrer 15 entrepreneurs. Je me suis retrouvée dans cette liste et j’avoue qu’en deux heures d’entretien, je l’ai trouvé impressionnante, très intelligente. Il y a eu un échange, une discussion et ça m’a un peu ressaisi, la politique c’est quand même un moyen de changer des vies, de faire quelque chose de très puissant pour la société.

DSC_3631

Pourquoi être rentrée en France ?

En quittant San Francisco j’ai remonté ma boîte en France, c’est tout récent, c’est un retour qui est compliqué. Je pense que l’on sous estime souvent ce que cela représente d’ailleurs pour quelqu’un qui est parti longtemps. Et la France peut parfois être à peu près à l’opposé de la Silicon Valley qui est animée d’un optimiste fou ! On peut le moquer mais cela fait parfois du bien.

À ma toute petite échelle, ma motivation de rentrer est aussi liée à ce que je peux accomplir avec ma double culture, ma vision des choses un peu différente, mon côté américain. En France on peut faire des débats interminables, mais pendant que l’on parle de l’avenir d’autres sont en train de le construire réellement, on ne se rend pas compte que l’avenir appartient à ceux qui le veulent le plus. Pour le moment j’ai l’impression que la majorité ne le veut pas vraiment. À notre échelle il faut que l’on pousse cette envie-là, quel que soit l’endroit où l’on se trouve.

Pourquoi entreprendre ?

Entreprendre c’est une question de personnalité, je pense, tout dépend de ce que tu valorises le plus, moi c’est la liberté. L’entrepreneuriat c’est un mode de vie, Seth Godin fait par exemple une différence entre le freelancer et l’entrepreneur. Le freelancer propose son travail en permanence et doit tout le temps trouver de nouvelles idées tandis que l’entrepreneur a une seule idée qu’il est obsédé à mettre en œuvre. Sur le papier je suis freelancer mais je pense que chacun d’entre nous est entrepreneur de sa vie, c’est-à-dire que pour moi l’entrepreneuriat c’est aussi un état d’esprit.

Aujourd’hui si tu veux survivre dans une grosse boîte il faut que tu sois entrepreneur, il faut prendre le pouvoir sur sa vie, pas sur les autres. Entreprendre c’est quelque chose de très fort, de très puissant, il faut savoir gérer les bons comme les mauvais moments, c’est quelque chose de très stressant, de très difficile, mais c’est aussi là que tu vois ta force, de quoi tu es capable. Entreprendre c’est aussi être très engagé dans ce que l’on fait, ça change ta vie et tu as une possibilité de changer le monde, la société. Dans la Silicon Valley la confiance est permanente et cet écosystème tourne à plein. Une chose est capitale c’est qu‘il n’y a pas de hubs innovants créés sur des talents locaux.

DSC_3698

En France c’est ce qu’il faudrait changer, il nous faut des cultures et des nationalités différentes, l’entre soi n’est pas aussi enrichissant. Si l’on est dans un entre soi total, innover ne mènera à rien. Je prône beaucoup la diversité au sein du groupe, c’est maintes fois prouvé, ce qui fait la force d’une équipe ce ne sont pas ceux qui ont les plus gros QI ou qui ont fait les meilleures écoles, c’est la diversité. Dans la Silicon Valley il y a un énorme problème de diversité, mais ils en parlent, par exemple les diversity report sortent tous les ans alors qu’en France c’est illégal. Mais il faut savoir qu’il y a quand même eu 52% de start-up créée par des personnes non natives des États Unis.

Et que plus d’un tiers des gens dans la Silicon Valley ne parlent pas anglais chez eux, la région a très bien compris qu’elle est aussi riche que tous les gens du monde entier qu’elle accueille. La France deviendra un hub d’entrepreneurs et d’innovations le jour où elle fera envie, le jour où les gens se diront que la France est complète du fait qu’elle accueille les meilleures personnes du monde, qu’il y a de l’émulation, que l’écosystème est favorable et le lifestyle attirant.

Les gens, la diversité, attirent les start-up du monde entier c’est très important parce qu’il y a vraiment un enjeu économique et pas seulement social. En France il y a une telle façon de penser le monde de façon binaire, une fois que tu ne parles plus aux autres mondes tout devient compliqué. L’ouverture, la curiosité, l’empathie, la bienveillance c’est vraiment des mots que l’on n’entend jamais alors que ce sont des enjeux primordiaux. Je dis souvent qu’à côté de  » liberté, égalité, fraternité  » il faudrait  » curiosité, empathie, résilience  ».

Quel est le moment le plus excitant quand tu entreprends ?

Le début. Ce qui m’intéresse le plus c’est lancer, lever les enthousiasmes, les envies, voir les gens se passionner avec toi dans ton projet. Ce qui me plaît le plus c’est lorsque j’ai une dead line, je me rends compte que ma créativité se nourrit vraiment des contraintes.

DSC_3626

Peux-tu nous parler de ta boîte AxlAgency ?

C’est très compliqué parce que ma boîte c’est moi, d’ailleurs c’est pour ça qu’elle porte mon nom. Je ne me vois pas du tout comme un consultant, comme une boîte de conseil, mais plutôt comme une boîte à idées. Les gens viennent me voir par rapport à la vision que je propose, en relation avec quelque chose que j’ai écrit ou avec des interventions que j’ai faites.

Je me vois plutôt comme une artiste d’ailleurs je crois que les entrepreneurs sont des artistes, parce qu’en fait les meilleurs sont pétris par le doute et font les choses avec leurs émotions, ça raisonne pour les gens et ça créé les plus beaux projets. Je vois ma boîte comme une toile blanche et en fonction de ce que me demandent mes clients je fais une peinture, et si elle ne plaît pas je ne peux rien y faire, je ne peux pas proposer autre chose. Les artistes sont les leaders du 21ème siècle, ils sont les figures auxquelles je m’identifie beaucoup plus.

DSC_3670

Aujourd’hui il y a très peu d’entrepreneuses féminines, pourquoi? Est-ce que tu as le sentiment de faire partie des étendards ?

C’est vrai qu’il n’y en a pas beaucoup et je pense que c’est à cause de l’éducation, de la confiance en soi. J’ai vu beaucoup de femmes lutter contre le syndrome de l’imposteur, il se manifeste la plupart du temps lorsqu’elles ont l’impression de ne pas être légitime, de ne pas être à leur place, et plus elles réussissent plus elles sont exposées, plus elles ont l’impression d’être une fraude.

Moi même je lutte constamment contre ça et je pense que c’est une question d’éducation, c’est culturel, on est quand même dans un pays très patriarcal. Je pense qu’on a beaucoup plus appris à la femme à être vulnérable, connectée à ses émotions alors qu’à l’homme beaucoup moins. Je pense que je suis une personnalité très masculine. Pour moi un étendard c’est une femme telle que Sheryl Sandberg, donc non je n’ai pas l’impression d’être un étendard.

Je pense que ce qu’il manque aux femmes c’est le mentorship, l’accompagnement, un crew, l’entourage qui leurs donnerait un peu plus de force. Pour ma part je trouve mes mentors moi-même, entreprendre c’est aussi ne pas être passif de sa vie, la chance ce n’est pas un concept c’est vraiment une attitude.

Quels conseils donnerais tu as des jeunes entrepreneurs qui souhaitent se lancer ?

Il faut se lancer, si tu attends de ne plus avoir peur tu peux attendre des années. La peur c’est plutôt bon signe, ça veut dire que tu es sur quelque chose qui te tient vraiment à cœur. Par contre pour lutter contre la peur, il faut passer à travers, il faut l’affronter, il faut se lancer et au pire ça rate, au mieux ça réussi. Le problème en France c’est qu’il y a une telle peur de l’échec que ça complique un peu les choses.

Je préfère un  » oups » qu’un  »what if…  », en d’autres termes je préfère me lancer quitte à échouer plutôt que de regretter de ne pas avoir fait les choses, il n’y a pas de  » et si…  » dans ma vie. J’ai fait pas mal d’erreurs et je continue d’en faire, mais c’est enrichissant. Plus j’en fais plus j’apprends, plus j’y gagne, on apprend plus de ses erreurs que de ses succès. Le succès est un peu tétanisant tant qu’on n’y est pas vraiment préparé.

DSC_3638

Il faut se lancer,  » Just do it  » comme disent les Américains et ne surtout pas avoir peur du jugement des autres et être bienveillant vis-à-vis de soi. Le problème c’est ne pas être trop dur avec soi même, avoir un regard bienveillant pour se porter dans les coups durs, prendre confiance en soi, s’entourer et puis sauter.

L’entrepreneuriat ce n’est quand même pas fait pour tout le monde et il ne faut pas le romaniser trop.

Je dis toujours que si vous voulez être entrepreneur pour être heureux ça ne marchera pas, avant le bonheur il y a le sens. Ce qui rend heureux c’est de trouver un sens à sa vie et au départ c’est plutôt difficile parce que l’on sort de sa zone de confort, dans ce voyage que tu fais de toi à toi même tu trouves le sens, et du sens découle le bonheur, et non l’inverse.

Les-questions-rapido-2

Es-tu bouillante ?

Je crois que je suis traversée d’électricité en permanence, je suis au taquet.

Motivée ou déterminée ?

Je suis très déterminée, très persévérante, vraiment dans l’entrepreneuriat ce qui fait la différence c’est la persévérance. Quelqu’un qui n’abandonne jamais arrivera toujours à ses fins.

Leader ou manager ?

Leader, c’est un mot qui est devenu complètement galvaudé et même assez péjoratif en France j’ai l’impression. Je crois beaucoup au leadership réinventé, un leadership plus humain, qui crée plus de leaders, qui sert à donner du pouvoir à l’autre. Je suis vraiment pour que les gens reprennent le pouvoir qu’ils ont sur leur vie.

Argent ou pouvoir ?

Ni l’un ni l’autre, c’est l’impact qui m’intéresse, le  » ripple effect  ».

Droite ou gauche ?

Je rêve de plus développer mon côté gauche qui, on dit, est le côté féminin. En yoga c’est le côté lunaire, plus posé, plus équilibré. Je rêverais d’équilibrer un peu mes deux cerveaux.

As-tu une musique qui te motive ? Laquelle ?

Freedom – Pharrell Williams, Killing in the name – Rage against the machine, Uptown Funk – Bruno Mars

Pierre brute ou pierre polie ?

Pierre brute

Que penses tu de la citation de JFK  » l’art de la réussite consiste à s’entourer des meilleurs  » ?

Je pense que c’est absolument vrai, il n’y a pas de réussite seule même pour les gens très solitaires. Tu es aussi bon que l’équipe que tu as.

DSC_3702

Retrouvez la société d’Axelle, AXL Agency directement sur leur site web en cliquant ici.

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please copy the string lGAahm to the field below: