Nous sommes allés à la rencontre de Jean-Baptiste Jarretou, fondateur de Contain Life pour qu’il nous parle de sa société et qu’il nous présente son habitation alternative.

Il a mis en place une véritable démarche écologique dans l’aménagement de ces containers tout en travaillant avec des matériaux de qualité.

Découvrez la vision de cette société qui est implantée à Carcassonne et qui souhaite révolutionner le secteur de l’habitat alternatif.

Ça veut dire quoi pour toi Crescendo ?

Tout le temps aller plus loin.

Si tu nous parlais de ton parcours ? Comment tu en es arrivé à Contain Life ?

J’ai fait un Master en droit des affaires. J’ai toujours été intéressé par le milieu de l’entrepreneuriat et le milieu des affaires. Après mes études je suis parti voyager pour faire un break et prendre du recul. Arrivé là-bas, j’ai eu des idées, j’ai eu envie d’entreprendre. Quand je suis rentré, j’ai voulu créer une entreprise de préfabrication pour les habitations touristiques. J’ai vu que c’était un domaine qui se développait beaucoup.

Où as tu été ?

En Nouvelle-Zélande. En arrivant j’ai acheté un van pour parcourir les deux îles. Au cours de mon voyage, j’ai visité Christchurch. C’est une ville en constante reconstruction à cause des tremblements de terre récurrents. Les kiwis utilisaient des containers maritimes pour répondre aux besoins de reconstruction précaire. En continuant mon voyage, je me suis rendu compte de la forte tendance des habitations alternatives. Les voyageurs préfèrent loger dans une cabane que dans un hôtel.

J’ai eu l’idée d’associer le marché de l’habitat alternatif à celui de l’aménagement de containers maritimes. Le marché de l’aménagement de containers maritimes existait sous deux formes : le marché de la « maison container » et le marché des « résidences universitaires en containers ». Le premier consiste à assembler des containers et construire sur chantier une habitation et le second consiste à empiler des containers aménagés mal isolés sur le positionnement discount.

J’ai choisi un positionnement de niche est se positionnant entre ses deux marchés : garder le bénéfice de la préfabrication tout en favorisant la qualité des matériaux pour le confort de l’usager.

Pourquoi entreprendre ?

Je ne me suis jamais posé cette question. On l’a dans le sang ou on ne l’a pas.

Est-ce que tu as une définition de l’entrepreneur ?

Je pense que l’entrepreneur, c’est quelqu’un qui rêve trop. C’est quelqu’un qui aime le risque et qui a envie de se surpasser.

Le moment le plus excitant quand tu entreprends quelque chose ?

Je crois que c’est le premier comité. A ce stade de la création, on a une idée mais rien de concret. La difficulté est que l’on doit convaincre des personnes qui ont leur expérience professionnelle, leur propre vision de l’entreprenariat.

Pour toi, le plus excitant c’est l’amorce, le démarrage.

Oui, l’amorce. C’est quand on se retrouve avec rien devant des personnes qui sont déjà actives alors qu’on n’a même pas 23, 24 ans et qu’on doit se vendre.

Peux-tu nous faire le pitch de Contain Life ?

Contain Life, c’est une entreprise qui préfabrique des habitations alternatives, principalement à destination des gîtes, des campings, des chambres d’hôtes et aussi du particulier qui souhaiterait agrandir. Nos deux axes de vente sont les professionnels pour la location touristique et le particulier pour l’agrandissement d’une maison.

C’est quoi à peu près le pourcentage que vous visez ?

Nous, on préférerait ne bosser qu’avec des professionnels, mais on a un produit qui s’adapte bien pour le particulier aussi, donc envisage un peu ces deux marchés.

Du coup, pourquoi tu as choisi le container parmi les autres techniques ?

Pour la solidité, la mobilité, la facilité parce qu’il y en a partout, et le fait qu’on recycle. On recycle pour deux raisons : premièrement parce qu’on récupère un container en fin de vie, on lui redonne vie. Et deuxièmement, parce qu’on économise des matières premières pour fabriquer une habitation.

Comment tu as sélectionné tes collaborateurs ?

Ça a pris beaucoup de temps. On a contacté plusieurs entreprises dans deux secteurs : un designer et un ingénieur thermique. Ce sont les deux axes qui allaient nous servir pour sélectionner les matériaux, faire un plan, avoir des visuels. Parce que quand on passe devant un comité de la CCI par exemple pour lever des fonds pour avoir un apport personnel, si on n’a pas de visuels ni un book pour mettre une image sur des paroles, c’est compliqué d’être crédible.

On a besoin avant tout d’un visuel pour crédibiliser, faire avancer le projet. Après, c’est surtout d’un point de vue faisabilité technique : quels matériaux utiliser, comment isoler pour le mieux, comment optimiser tout ça.

Tu as choisi l’architecte d’intérieur Nicolas Kuseni, comment l’as tu sélectionné ?

C’est à force d’en rencontrer. La façon dont les gens m’avaient reçu en disant c’est un projet qui sera fait dans peut-être dans deux ans, ils n’avaient pas forcément envie d’y consacrer du temps. On a accroché et il m’a montré qu’il allait s’investir, et j’ai vu qu’il avait compris ma vision et qu’il pouvait y apporter sa touche personnelle.

Et sur la partie thermique ?

Nous avons sélectionné Patrick Denieul, qui est résident à la pépinière. C’est une personne qui a fait une conférence à COP 22 de Marrakech pour expliquer comment construire des bâtiments zéro énergie. Donc, c’est un thermicien un peu révolutionnaire, qui s’oppose au milieu de l’isolation traditionnelle et qui explique qu’avec des boucliers thermiques, qui sont inspirés des technologies aérospatiales, on arrive à avoir de meilleures performances qu’avec une isolation traditionnelle.

Pour simplifier, l’isolation traditionnelle est basée sur le filtrage des super calories. C’est une matière qui va filtrer et emmagasiner des super calories pour éviter qu’elles soient diffusées. Alors que lui, il travaille par opposition à cette thèse, c’est-à-dire qu’au lieu de filtrer, il les rejette. Il les rejette avec des matériaux qui ont un coefficient d’émissivité très faible. Le matériau qui a le coefficient d’émissivité le plus faible, c’est la feuille d’or.

Malheureusement, on n’a pas encore les fonds pour les isolants en feuilles d’or, mais c’est ce qui est utilisé dans l’aérospatiale. Ils utilisent la feuille d’or pour les compartiments électronique. Pour les parties électriques, qui n’ont pas besoin d’une isolation aussi perfectionnée, ils utilisent la feuille d’aluminium, du véritable aluminium. Et si vous regardez tous les fournisseurs d’isolants minces, il n’y a jamais d’aluminium. C’est un polyuréthane qui ressemble à de l’aluminium.

Patrick Denieul a conçu des éprouvettes thermiques qui permettent de tester les complexes d’isolants dans son laboratoire à la pépinière d’entreprise Créaude. Nous avons testé notre complexe et les résultats sont très satisfaisants. Nous sommes largement en dessous des caractéristiques thermiques imposées par la RT2012.

Quand a été créée la société ?

Elle a été créée en mars 2016. On a fini de lever les fonds qu’il fallait pour commencer en septembre. On a commencé le prototype en octobre. On a eu quelques retards avec certains fournisseurs, ce sont les aléas du début, du prototypage. Là, on va installer dans deux semaines le prototype sur chantier, pour faire un modèle d’exposition à Trèbes. Ensuite, on va commencer à commercialiser, à distribuer.

Ça va être quoi les premiers projets ?

Des villages de gîtes. Les gens qui ont un grand terrain, ils veulent soit augmenter leur capacité soit créer, ça dépend.

Pour parler de l’amorce, quand est-ce que tu es entré à CréAude ?

Je suis rentré à CréAude en avril 2015. Donc, pendant un an et demi, il y a eu toute la phase de démarchage pour les subventions, pour les études thermiques, les études de marché.

Tu avais déjà fait plus ou moins toute la partie conception/pose ?

En fait, le problème, c’est on avait une idée sur la conception, mais on n’avait pas envisagé la chose comme ça. C’est-à-dire qu’on voulait aménager un seul container maritime. On n’avait pas à l’idée qu’on allait assembler deux containers.

Mais quand tu es passé devant le comité, tu leur as présenté les visuels ?

Non, au tout début, on n’avait pas de visuels, c’était vraiment conceptuel. Ce n’était que du contenu rédactionnel et le business plan. On avait bénéficié d’une subvention pour une étude de marché tendancielle financée par la région avant de rentrer en pépinière.

Ensuite on a réussi à lever des fonds auprès de la région et ces fonds-là nous ont permis de financer l’étude de marché et le designer. Et c’est à partir de là que le projet a commencé à se crédibiliser.

Est-ce qu’il a quelque chose d’autre que tu as développé par rapport au produit ?

Les matériaux. On utilise du bois de la montagne noire et du corten. Le corten, c’est un alliage de métaux qui s’oxyde à l’air libre, dans son élément naturel puis crée une pellicule d’oxydation qui ressemble à la rouille mais qui n’est pas de la rouille et qui protège le métal. Donc, on a des matériaux durables qu’on n’a pas besoin d’entretenir. Et en plus de ça, on les assemble avec modernité. Nous proposons des matériaux durables, esthétiques et surtout, une habitation mobile.

Tu peux communiquer sur le prix ou pas pour le moment ?

Pour le prix public, on est à peu près à 40 000 € HT. Le but, c’est d’avoir une installation à moins de 50 000 € TTC avec les raccordements, tout compris.

Demain, par exemple, si je veux en acheter un, ça se passe comment ?

D’abord on prend un rendez-vous. On va sur le lieu de l’installation, on regarde l’exposition, parce que d’un point de vue thermique, l’exposition solaire est très importante. Après, on mandate une personne qui fait une étude des sols. On regarde si le sol est sablonneux, s’il y a de la pierre, etc., pour faire les fondations. Les fondations se font avec des plots bétons, mais on le fera plus tard.

Dans un premier temps, on signe le contrat et on dépose la déclaration préalable. Bien sûr, le contrat de vente est signé avec une clause résolutoire de l’obtention du droit de construire. Un mois plus tard, si on n’a pas de réponse par rapport à la déclaration préalable, le contrat commence ; c’est-à-dire qu’on commence à produire.

Et à peu près un mois et demi, deux mois plus tard, on installe. Pendant la phase de construction en usine, on fait maçonner les neuf plots bétons, et à partir de là, on peut installer les containers.

Et après l’installation sur site, tu m’as expliqué que vous découpez en deux, c’est ça ?

Oui. Ce sont deux containers qui sont scindés. On les sépare en les déboulonnant. On déconnecte quelques câbles qui passent d’un container à l’autre, on enlève quelques plaques de bardages qui permettent de les séparer. On les envoie séparément par camion et on les rassemble sur chantier.

Combien de temps d’assemblage ?

Très peu de temps, parce que l’habitation est entièrement fabriquée en atelier.

Donc en gros, on signe le contrat, on a l’habitation trois mois après si tout va bien ?

Oui. Des fois, il peut y avoir un peu plus mais en gros, c’est trois mois.

Pour le moment, vous avez un modèle unique. Vous comptez développer un catalogue de plusieurs modèles ?

Notre idée c’est de développer un seul produit pour l’instant. De commencer à bien le distribuer, etc. Et chaque année, refaire un autre modèle avec le même designer ou un autre pour actualiser les tendances décoratives, changer de matériaux pour que les gens aient le choix entre plusieurs modèles.

C’est quoi votre concurrence aujourd’hui par rapport à ce type de produit ?

Ca dépend quel spectre appliquer pour observer la concurrence. Il y a des gens qui vont vous dire qu’on va être concurrent d’une yourte ou d’une cabane en bois. Ça dépend vraiment. Moi, je sais que dans le marché du container, il y a des studios étudiants qui se font et des maisons containers. Le studio étudiant, ce n’est pas assez spacieux, c’est mal équipé, il y a des sinistres énormes parce qu’ils ne font pas toiture, etc.

Et la maison container, il n’y a quasiment pas de préfabrication, parce que tout se fait sur chantier. Les constructeurs utilisent juste la structure du container. Nous, là où on se positionne, c’est quand même spacieux parce qu’on a deux containers, parce que ce sont des bons matériaux, etc., et on préfabrique tout. On est entre les deux marchés. On prend les avantages des deux marchés qui existent en container.

Après, sur une concurrence du produit (et non technique), on va avoir les habitations en bois, par exemple ; les petits chalets en bois, tout ce qui tourne autour de l’habitation alternative à destination de la location touristique. Ça peut être des cabanes dans les arbres, etc. Après, c’est un secteur qui se développe beaucoup. Il y a beaucoup de choix dans le discount mais très peu dans le qualitatif ; et nous, on est positionné à fond sur le qualitatif. On a une super isolation, de beaux matériaux, une habitation confortable, une terrasse en bois de 20m2. Vous verrez le produit fini, pour l’instant, à part un architecte qui pourrait sortir une habitation à plus de 80 000 €, il n’y a personne qui fabrique une habitation de standing comme nous on fait.

Les gens se disent, si on fait un container, c’est pour que ce ne soit pas cher. Nous, si on fait un container, c’est pour faire un produit exceptionnel.

Quelles démarches tu as faites et quelles aides tu as eues ?

La première chose à faire, c’est de se rapprocher d’une pépinière d’entreprises. Le réseau Synersud, c’est un réseau de pépinière d’entreprises du sud-ouest. Il y en a un peu dans toutes les grandes villes.

Vous allez rencontrer le président de la pépinière qui va vous conseiller, vous montrer comment monter un dossier. Vous avez un comité. Suite à ce comité, si vous êtes accepté, vous êtes officiellement accompagné par la pépinière et c’est à partir de là que tout s’accélère pour vous.

Donc, il y a une personne chargée de la startup ou de la société, qui les aide à rencontrer des personnes, développer, lever des fonds, chercher des partenaires, des collaborateurs.

Oui. C’est plus axé sur les subventions. Après, tout le reste, c’est au créateur de projet de se débrouiller. Vous ne pouvez pas monter un dossier de subvention si vous n’êtes pas passé en pépinière. Après, une fois que vous êtes en pépinière, vous avez déjà la crédibilité sur votre entreprise qui permet de lever des fonds. Après, ce n’est pas parce que vous rentrez en pépinière que vous pouvez lever n’importe quel fond, mais c’est ce qui aide.

Il y a aussi les aides de faisabilité commerciale. Là c’était la région Languedoc-Roussillon mais chaque région a ses aides. Ça permet de faire des études de marché, j’ai réalisé le design grâce à ça. Il peut y avoir des aides de faisabilité technique ; il y a pas mal d’aides. Ensuite, auprès de la CCI, vous avez des prêts à taux zéro, mais pareil, il faut passer devant un comité de la CCI, donc avec le NACRE et d’autres dispositifs où vous pouvez lever des fonds à taux zéro. Là, c’est un prêt, ce n’est pas une subvention. Après, il y a la Frenchtech. C’est une subvention de la BPI (Banque Publique d’Investissement), qui permet aussi de financer certains frais pour le démarrage d’entreprise.

Quels conseils tu donnerais à des jeunes entrepreneurs qui veulent se lancer ?

Avoir une très bonne relation produit-marché. Ne pas partir dans un projet si vous n’êtes pas persuadé que votre produit correspond parfaitement au marché. Après, peu importe l’équipe, on peut toujours se débrouiller, mais ce qu’il faut, c’est vraiment la relation produit-marché.

Est-ce que tu es bouillant ?

Oui, je suis trop chaud !

Motivé ou déterminé ?

Déterminé.

Leader ou manager ?

Manager.

Ton dernier SMS ?

A un pote.

Un film ?

Arrêtes moi si tu peux.

Un livre ?

La puissance de la persuasion, Napoleon Hill.

Une musique ?

Guts, Want it back

Pierre brute ou pierre polie ?

Pierre brute.

Quand tu arrives sur le blog, tu as une citation de Kennedy : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs ». Qu’est-ce que tu en penses ?

Ça va de soi.

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