Dominique Restino est un entrepreneur qui a tout au long de sa carrière encouragé la transmission et le mentorat. Egalement autodidacte, il était naturel pour Crescendo de partir à sa rencontre.

C’est dans les locaux de Moovjee à Paris, le Mouvement pour les jeunes et les étudiants entrepreneurs dont il est président, qu’il nous a accueilli. Une heure d’échanges autour de son parcours, sa vie, mais aussi et surtout autour de l’entrepreneuriat, de la jeunesse et de l’importance d’avoir un mentor !

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Qu’est-ce que ça veut dire pour vous Crescendo?

Ça monte.

Pouvez-vous rapidement nous parler de votre parcours au niveau entrepreneurial?

Je suis avant tout un entrepreneur, j’ai créé ma première entreprise à l’âge de 24 ans dans le domaine des ressources humaines, du recrutement et de l’intérim spécialisé. Sogedis-Effectif c’est un réseau d’agences de recrutement créé avec deux amis associés, c’est une PME. Nous sommes montés à 35 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une centaine de salariés et à peu près 1200 personnes en mission, nous avons connu un fort développement. Comme je suis à l’origine un autodidacte mais qu’il me manquait des connaissances je me suis préparé un petit peu en solo pour faire une formation que j’ai adoré qui aujourd’hui est l’Executive MBA d’HEC. Je trouve que cette formation m’a énormément apporté.

La formule me permettait de suivre cette formation et d’en même temps être en application au sein de l’entreprise, c’est ce que j’ai beaucoup apprécié. En 2004 on m’a proposé d’être sur la liste des élections à la CCIP, j’y ai découvert une organisation étonnante dans laquelle je me suis énormément impliqué. Je suis par exemple, devenu président délégué de la CCI de Paris Ile de France en charge de tout ce qui est développement, création et transmissions de l’entreprise. En 2006 alors que nous étions la cible de grands groupes dans notre activité nous avons décidé de vendre notre petite pépite d’entreprise.

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Vous avez notamment travaillé au Quebec …

Dans la même année effectivement, j’ai fait une mission pour le président de la CCIP au Québec où je suis intervenu sur un colloque de la fondation entrepreneurship du Québec sur la reprise d’entreprises, ils appellent cela la relève. Pendant ces quelques jours il y avait un atelier sur le mentorat pour entrepreneurs. Ça a été une vraie révélation, je suis donc rentré en France et j’ai fait un feedback à mon président.

En France il y avait déjà pas mal de réseaux d’accompagnements, beaucoup en création d’entreprises mais personne ne s’occupait de la croissance des entreprises. Mon idée était avec ce concept, d’accompagner les entreprises à fort potentiel de croissance Donc on est parti avec des critères de l’IME d’abord pour la CCI de Paris et l’Ile de France, et ensuite pour une structure nationale. Nous avons créé cette structure nationale qui est l’IME France cofondée avec plusieurs CCI.

En 2009, j’ai souhaité décaler le projet vers les jeunes avec une conviction forte, vers la création et la reprise d’entreprises, vers le mentorat, vers l’accompagnement des jeunes de 18 à 30 ans et vers un grand concours national. En 4 mois nous avions créé et fondé le Moovjee, c’était en 2009. Ensuite, avec tout ça j’étais très impliqué dans l’écosystème entrepreneurial français. Notre but est d’accompagner tous ceux qui veulent vraiment reprendre ou créer une entreprise, essayer d’être là s’ils ont besoin d’aide. En 2013 j’ai créé avec l’État la Charte du mentorat entrepreneurial pour donner le cadre de référence du mentorat pour entrepreneurs en France. En octobre 2013, le gouvernement m’a confié une mission : celle de définir les nouveaux contours d’une agence pour la création de l’entreprise renouvelée, maximiser le numérique et travailler au renforcement et à la coopération des réseaux.

J’ai réalisé cette mission de manière assez intense, avec l’aide de Thierry Bert inspecteur général des finances et nous avons produit ce projet entrepreneurial pour cet APCE renouvelé. Suite à tout cela, les ministres m’ont demandé de mettre en œuvre ce que j’avais préconisé, je l’ai fait bénévolement et ça n’a pas été un moment évident parce qu’il fallait trouver le financement. L’ APCE c’est le meilleur outil d’information et d’orientation des créateurs et des repreneurs d’entreprises, il n’y a pas mieux en France. Fin 2011, j’ai recréé une société de recrutement, pas spécialisée, bien sûr j’investis toujours dans les entreprises mais je ne suis pas ce que l’on appelle un business angel, ce n’est pas ma vocation.

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Pourquoi entreprendre?

Comme je vous l’ai dit, j’ai commencé à travailler très tôt, j’avais 17 ans et demi. J’ai fait plusieurs petits boulots, j’ai appris des choses, je me suis beaucoup investi. J’avais besoin de créer quelque chose, pour moi entreprendre c’était le moyen de lancer quelque chose, de gagner ma vie et d’avoir une aventure, c’était surtout l’aventure qui me plaisait.

Et puis j’avais acquis une expérience notamment de trois bonnes années dans le domaine du recrutement et deux années chez Xerox. La création de notre entreprise a été une merveilleuse aventure. Je pense que l’entrepreneuriat c’est un véritable ascenseur qui permet de s’exprimer. Qui ne tente rien n’a rien.

Est-ce que vous avez une définition de l’entrepreneur ?

Un entrepreneur c’est une personne  comme tout le monde qui essaye de mettre en œuvre des idées. Elles doivent donner lieu à un projet entrepreneurial avec une nécessité d’être rentable.

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Quelles sont les qualités qu’on trouve chez un entrepreneur ?

L’ouverture aux autres, la curiosité, l’engagement, la persévérance, la résilience et savoir s’entourer sont les qualités nécessaires d’un entrepreneur. J’entends souvent qu’il faut aimer le risque, mais je pense que les entrepreneurs n’aiment pas le risque parce que tout leur vie consiste à gérer, par contre ils sont obligés d’avancer dans l’incertitude. C’est inhérent à la vie de l’entrepreneur.

Quel est le moment le plus excitant quand vous montez un projet ?

Lorsque qu’on imagine le projet, qu’on le met en œuvre et qu’on le partage sont pour moi les moments les plus excitants.

Pouvez-vous nous parlez d’Expertive ?

Expertive est un cabinet de recrutement spécialisé sur différents pôles de métiers. C’est une structure encore légère avec une dizaine de collaborateurs seulement.

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Pouvez-vous nous parler de l’IME?

L’institut du Mentorat Entrepreneurial ou l’IME France est le réseau des entreprises à fort potentiel de croissance. C’est un concept d’accompagnement d’un entrepreneur exclusivement par un autre entrepreneur. Les critères de l’IME correspondent aux entreprises qui ont entre 2 et 3 ans, avec un minimum d’un million d’euros de chiffre d’affaire et un minimum de 10 salariés. J’ai importé le concept du mentorat du Québec. C’est une relation entre deux entrepreneurs, un qui a connu une expérience de forte croissance qui va accompagner un autre entrepreneur qui va découvrir cette phase de croissance. Le mentor est impérativement bénévole, il n’a pas le droit d’investir dans l’entreprise de son mentoré. Et ce jusqu’à 2 ans après la fin d’un programme de 18 mois.

La relation mentorale est totalement libre, confidentielle et volontaire. Le mentor et le mentoré se choisissent. Nous organisons des comités de sélection pour les mentorés et nous recrutons des mentors dans les valeurs de la relation entre les deux. Nous travaillons exclusivement sur le savoir-être entrepreneur, sur sa vision, vers où nous voulons aller, c’est la raison pour laquelle il n’y a pas de conseils. Celui qui décide n’est pas le mentor mais le mentoré. Il y a donc tout un processus autour du mentorat, les prises de contact par exemple puisqu’ils se voient sur 18 mois avec un minimum d’une fois par mois.

Le mentor ne peut pas être du même secteur d’activité que son mentoré pour la simple et bonne raison que nos mentors sont tous en activité et qu’il ne peut pas y avoir de conflit d’intérêt. De plus, le socle de la relation mentorale est de pouvoir parler librement. La confiance et la bienveillance sont au cœur de cette relation. L’enjeu était de développer cet esprit entrepreneurial où l’on partage l’expérience. Je considère qu’elle ne se transmet pas mais qu’elle se partage. Le mentorat n’est pas du conseil parce que cela consiste à aider l’autre à se poser les bonnes questions, avoir un effet miroir et ouvrir les champs du possible. Le mentor n’a aucune responsabilité si ce n’est donner de son temps, partager, poser des questions pour aider l’autre à grandir.

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Pouvez-vous nous parler du Moovjee?

Le Moovjee est le résultat de convictions que je partage avec Bénédicte Sanson qui l’a cofondé avec moi. En 2008 il n’existait pas d’organisme qui accompagnait véritablement la création ou la reprise d’entreprises des jeunes entrepreneurs exclusivement. L’ADN du Moovjee c’est cette jeunesse justement. Créer ou reprendre une entreprise pendant ou dès la fin de ses études est un vrai choix de vie personnel et professionnel, qu’on ait un CAP ou un BAC+5.

Nous accompagnons donc ces jeunes à travers un programme de mentorat pour entrepreneurs adapté aux jeunes et complété par un pool d’experts métiers bénévoles. Promouvoir par l’exemple, c’est montrer que c’est possible.,Nous avons énormément de partenariats notamment avec BFM ou Widoobiz avec qui nous avons monté l’émission  » Wimoovjee  ». Le Moovjee en 2015 a rencontré pas moins de 10 000 jeunes au cours de diverses interventions, de salons etc. Il y a tout un travail fait par la communauté Moovjee afin de mettre ces jeunes en avant car nous considérons qu’ils possèdent beaucoup de clés pour demain.

Nous avons notamment créé le prix Moojvee pour les récompenser et qui s’adresse aux jeunes de 18 à 26 ans, 30 ans pour les doctorants. Le président du jury du prix Moovjee est le gagnant de l’année précédente. Dans le prix Moovjee il y a : le Grand Prix Moojvee, pour les entrepreneurs, le Prix Innovons Ensemble pour les porteurs de projet et le Prix du Public que nous avons été les premiers à créer 2009-2010. Le Prix du Public a généré près de 77 000 votes en 15 jours. Par ailleurs, depuis 2009 nous avons également mis en place un baromètre sur l’image de l’entrepreneuriat perçu par les lycéens et les étudiants, c’est très révélateur.

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Le Moojvee est une structure associative et nous détenons pour la France la licence internationale du mentorat pour entrepreneurs avec le réseau M.
Le Moovjee est force de proposition et nous avons proposé en 2012-2013 la mise en place du statut étudiant entrepreneur qui été repris par la suite lors des assises de l’entrepreneuriat. Encore aujourd’hui nous travaillons sur l’engagement civique entrepreneurial pour ouvrir la possibilité à un jeune de donner de son temps pour partager une expérience, dans le cadre d’un service civique.

Parmi les jeunes que nous accompagnons au Moovjee, 60% créent dans les 3 premières années entre 2 et 25 emplois. Le potentiel de création d’emplois est de 1,2 million emplois par les jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans, ce qui n’est pas négligeable. Le Moovjee depuis 2012 est au Québec et depuis mai 2016 en Tunisie. Aujourd’hui c’est le déploiement du Moovjee en France mais aussi à l’international.

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Quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur qui souhaite se lancer?

S’il le peut, d’avoir un mentor.

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Êtes-vous bouillant ?

Il paraît oui, je suis assez passionné.

Motivé ou déterminé ?

Motivé, j’aurais aussi pu dire déterminé mais quand on est déterminé c’est qu’on veut atteindre un but, or je pense qu’il faut avoir la capacité de toujours avoir ce doute qui permet de changer quelque chose, d’être à l’écoute.

Il faut avoir cette capacité de prise de recul pour pouvoir changer de méthode, d’avis… Il faut de la résilience certes,  mais il ne faut pas s’obstiner dans le mauvais sens. Je préfère passionné plutôt que déterminé.

Leader ou manager ?

Je crois qu’un leader ne peut pas réussir s’il ne peut pas manager. Manager c’est emmener des hommes et des femmes autour d’un projet et créer une aventure humaine vers ce projet.

Argent ou pouvoir ?

L’argent est un moyen de pouvoir faire des choses. Pour ma part j’ai eu la chance de créer des entreprises qui ont bien fonctionné et d’avoir un peu de moyens.

Je ne crois pas véritablement au pouvoir parce qu’il est éphémère et extrêmement subjectif. C’est la perception que les gens ont de vous, ce qui n’est pas la même chose.

Droite ou gauche ?

Je ne réponds pas à cette question pour la simple et bonne raison que ce n’est pas du tout mon combat. Mon engagement est celui de l’écosystème entrepreneurial et le développement économique du pays. Je ne fais pas de politique, ce n’est pas ce qui m’intéresse parce que je pense que par l’économie on peut aussi rendre des gens plus heureux.

Il faut de l’activité économique pour avoir des projets, des jobs ; je suis convaincu que si le chômage était beaucoup plus bas la France irait mieux. Je n’aime pas les oppositions, j’utilise souvent le terme de stratégie d’alliance.

Est-ce qu’il a une musique qui vous motive ?

Dire Straits ou Antony and the Johnsons.

Pierre brute ou pierre polie ?

Brute, ma femme est sculpteur.

Que pensez-vous de la citation de JFK  »l’art de la réussite consiste à s’entourer des meilleurs » ?

Je partage.

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