C’est dans les bureaux de l’entreprise SOCIALINK de Romain Castan, en plein cœur de Montauban, qu’Emmanuelle Tandonnet nous a accordée une interview. Jusqu’à la prochaine Rencontre CRESCENDO Montauban (ou elle interviendra) différentes interviews illustrerons le dynamisme de l’écosystème entrepreneurial de la préfecture Tarn-et-Garonnaise ! Fondatrice d’une agence de communication Kreactiv’, mais également investis dans l’associatif citoyen et entrepreneurial, comme le CJD et la JCE, nous vous proposons un focus aujourd’hui sur Emmanuelle Tandonnet !

Qu’est-ce que ça signifie pour toi Crescendo ?

Pour moi, derrière le mot Crescendo, il y a une grande notion positive : celle du progrès qui donne envie d’avancer avec optimisme.

Et puis, Crescendo c’est une initiative qui a été mise en place par des Hommes pour des Hommes; qui vise finalement à partager de manière extrêmement positive des histoires de vie, des expériences, pourquoi pas aussi des projets. En tout cas, des légendes personnelles, pour que ça parle à une seule personne ou peut-être à beaucoup !

Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

Je pense que nombreux sont ceux qui choisissent leur métier en fonction de l’univers dans lequel ils ont baigné au départ. Pour moi, ce sont l’engagement, la passion et la valeur travail qui ont été constitutifs, je pense, de mon histoire.

Je viens d’une famille où il y a des profs, des militaires et des avocats ; ce qui veut dire que dans mes veines coulent la pédagogie, l’ordre et la plaidoirie ! Je pense que quand on décide d’enseigner, quand on décide de se battre pour un pays ou pour un client, c’est qu’à la base on a une foi, et qu’il y a des valeurs qu’on s’engage avec passion à porter haut et fort, et qu’on met tout son coeur à transmettre ou en tout cas de défendre. Et puis, on m’a enseigné que la réussite se gagne au prix du labeur, qu’il faut travailler fort pour « y arriver ». A quoi ? A réussir socialement, dans le regard de l’autre. Ça peut paraître super positif, sauf que le travers de tout ça, c’est de passer son temps à être en quête de reconnaissance de la part de l’autre et de chercher à réussir dans la vie plutôt que de réussir sa vie.

Du coup, ça a fait de moi très rapidement une hyper sensible et une hyperactive. J’ai une scolarité très aisée, j’ai eu le bac à 16 ans. Et j’ai choisi de démarrer mes études par de la psychologie pour nourrir ma passion pour le fonctionnement humain et pour gagner en maturité. J’y ai appris à travailler mon écoute active, c’est-à-dire ma capacité à entendre les mots et bien davantage, en posture de récepteur du message. J’ai poursuivi mes études en Communication – Publicité où j’ai appris à façonner l’expression d’un message, en posture d’émetteur. J’ai enchaîné par une école de commerce, pour donner un sens à la communication d’entreprise :  celui du business. Et en dernière pierre, j’ai fait un master en gestion de projets pour savoir organiser et piloter. Donc je suis ingénieure commerciale spécialisée en communication, avec cette connotation sciences humaines qui fait toute la différence !

J’ai fait toutes mes études en alternance. Parce que j’estimais que pour être efficace, il fallait que je comprenne l’univers dans lequel j’allais bosser. C’est marrant, quand je vous l’exprime, mon parcours semble presque stratégique (rire)… A l’époque, ce n’était pas du tout le cas : comme quoi, on peut se faire confiance à l’intérieur !

A 22 ans, je me retrouve chez Décathlon, pour finir mes études. J’étais chargé de la digitalisation de la communication interne – vous qui êtes jeunes, ça va vous faire marrer – mais c’était le tout premier intranet qu’on mettait en place ! Je cherche du boulot en parallèle de la fin de mon contrat chez eux, mais je n’essuie que des refus, on me dit trop jeune – ce qui veut dire incompétente – ou trop ambitieuse. Je sentais bien que j’étais en décalage par rapport au monde du travail, et puis ma vision humaniste de la communication ne plaisait pas toujours. Chez Decathlon, ils ont eu envie de m’aider et j’ai profité de ce qu’on appelle l’essaimage; c’est-à-dire qu’ils m’ont permis de me mettre à mon compte, en m’offrant une garantie de chiffres d’affaires sur ma première année, c’était le tremplin idéal. Simultanément, j’ai remporté un concours de création d’entreprise, chez Etymôn (une couveuse de l’économie sociale et solidaire) qui m’a permis d’être salariée emploi jeune pendant 1 an et donc de voir mon salaire garanti. Donc, j’ai créé mon propre emploi finalement et cela m’a donné envie d’en créer d’autres !

En 2003, je décide donc de m’installer à Montauban, par goût personnel pour la ruralité. Et j’avais envie d’évangéliser et d’accompagner les entreprises dans cet univers du web qui était en train de naître, de la concurrence qui devenait exacerbée au niveau international. Et puis, il y avait très peu de concurrence en Tarn-et-Garonne : une gamine de 23 ans qui monte une agence de com à Toulouse façon maestro, ça aurait été l’échec garanti.

Donc je monte mon agence conseil en communication sous le nom de Kreactiv’, et je m’installe en pépinière d’entreprise. Avec ma bouille de gamine, mon accent de l’Ouest, mon nom de famille qui ne parle à personne, je manque de légitimité et de réseau. On me met des bâtons dans les roues, et mon statut de femme ne m’aide pas à percer non plus dans un univers industriel et agricole fortement masculins. Alors la jeune fille incompétente s’est retroussé les manches, a gardé sa foi chevillée au corps, et a tout fait pour devenir une greffe qui prend. Mon réflexe a été de chercher à me faire intégrer, alors je me suis impliquée dans les réseaux Tarn-et-Garonnais qui me « parlaient ». Je suis entrée à la Jeune Chambre Economique immédiatement, quelque temps plus tard au CJD, et ensuite au MEDEF.

Qu’est-ce que ton engagement associatif t’a apporté ?

De la crédibilité. C’est-à-dire que mon engagement bénévole, mon dynamisme sociétal, le fait que je puisse prouver par des voies détournées que j’étais capable de faire avancer des idées et de faire avancer le monde et la Cité m’a exposé. J’ai travaillé mon réseau, les médias ont commencé à parler de moi, les décideurs locaux me voyaient. Je suis rentrée par la petite porte en fait, au lieu de rentrer par celle du chef d’entreprise qui s’installe.

Ce dynamisme m’a offert un bond, et puis la Vie a été sympa très rapidement. J’ai fait de belles rencontres d’entreprises qui avaient pignon sur rue : le fait qu’elles me fassent confiance m’a conféré une crédibilité supplémentaire. Après, j’ai profité d’une contagion positive qui m’a permis de développer mon business.

Mon entreprise s’est spécialisée dans la com des entreprises innovantes, j’étais passionnée par l’esprit start-up, le coté disruptif. Les mecs qui s’enferment dans un garage pour faire germer une idée folle, qui décident de lever des millions : quel bonheur c’était de les aider à faire rayonner leur projet, à valoriser leurs idées pour changer le monde ! Et arrive l’été 2008, on est 7 (ce qui est conséquent pour une agence de com rurale) et subvient la crise des subprimes aux Etats-Unis. Et là, le modèle économique de mes clients s’effondre, il n’y a plus d’argent chez mes petits clients car le 1er budget qu’on coupe en période de crise, celui qui semble ne servir à rien, c’est la com. Mon carnet de commandes s’effondre, et moi je m’accroche, je n’ai jamais vécu de crise ! Je garde tout le monde, mais au bout d’un an, nos réserves sont à sec.

J’ai donc enclenché le pire pour moi, la réduction de la masse salariale. En parallèle, je révise mon modèle économique en capitalisant sur notre indéniable force : notre qualité de service ET de relation avec nos clients. Réfléchir, conseiller, accompagner… et pas seulement produire, donc montée en gamme sur la typologie de clientèle; le tout dans une relation gagnant-gagnant où mon commanditaire grandit car il s’approprie la compétence, financée par les fonds débordants des OPCA. Ainsi naît fin 2009 le groupe Kreactiv’ et ses filiales cabinet-conseil et centre de formation autour de l’entreprise historique, l’agence de com. Autour de moi, les gens ne comprenaient pas ma décision, parce que quand une société ne va pas bien, on n’imagine pas que la solution, c’est d’en créer deux autres. Sans doute la conséquence d’avoir baigné quelques années dans un milieu de patrons disruptifs !

Les trois business captaient une envergure large de demandes, en plus de se nourrir mutuellement : le modèle économique était intellectuellement et commercialement brillant. On a remonté la pente les 5 années qui ont suivi, et le profil de nos clients a évolué jusqu’aux grands comptes. Spécialistes de l’identité de marque, nous avions une approche humaniste de notre métier, considérant que chaque entreprise est une Personne à part entière. C’est à dire que nous cherchions à la connaître et à comprendre ses enjeux stratégiques pour lui conseiller ses comportements communicants les plus adaptés, tant en interne qu’à l’externe, pour contribuer à sa pérennité et à son développement. Nous avons fait le choix d’oeuvrer pour les acteurs de l’économie qui plaçaient l’Humain au cœur de leurs réflexions et actes, et avons contribué au succès des projets porteurs de Sens.

En 2015, la réforme de la formation professionnelle continue a changé toutes les modalités de prise en charge et mon centre de formation s’est effondré en un temps record. L’activité vache à lait disparaissant, la machine s’est retrouvée déséquilibrée. Et moi, personnellement avec, je suis tombée en burn out; cela faisait 13 ans que j’étais à mon compte et que je travaillais sans relâche, j’étais exténuée… Malgré les propos préventifs de mon entourage, je n’avais jamais vu en face le lien de dépendance de mes entreprises à ma petite personne. En chutant moi, le groupe a mis genou à terre. L’équipe a eu le courage de prendre la décision collégiale de fermer nos entreprises, ayant su lâcher-prise et restant soudée pour déposer le bilan la tête haute. En moins de 6 mois, le groupe Kreactiv’ a été réduit à 1 entreprise, avec pour seule collaboratrice, moi. C’est ainsi que depuis l’été dernier, je joue en mode freelance avec un catalogue de prestations qui est ramené à ce qui me « cause » et sur quoi je pense exceller. J’ai aussi plein d’énergie et d’envie de pouvoir capitaliser sur cette histoire, pour pouvoir offrir vraiment le meilleur de qui je suis aujourd’hui et en arrêtant de me perdre dans des quêtes d’Ego.

Je porte un regard très bienveillant sur l’histoire qu’on a vécue tous ensemble. Kreactiv’ était une boîte super connue et extrêmement appréciée de ses clients.

C’est quoi être entrepreneur pour toi ? Donne-nous ta définition.

Je pense qu’entreprendre est une nature. L’entrepreneur, c’est quelqu’un qui a un rêve, une vision qui porte du sens pour lui. Et il a une foi tellement énorme dans le fait qu’il faut absolument que ça existe, qu’il n’y a parfois plus de distance entre le projet et lui. Et puis, l’entrepreneur a totalement confiance dans sa capacité personnelle à écrire le chemin pour atteindre cet objectif. Il est conscient de ses ressources et il sait qu’il peut y arriver.

Je retiendrais deux qualités constitutives de l’entrepreneur, qui sont un peu bipolaires. La première : être déterminé, il doit avoir des croyances très fortes pour s’engager… Un côté un peu bulldozer. Et à côté de ça, il faut que ce soit quelqu’un d’humble, de sensible de flexible, d’ouvert ; qui sait se remettre en question pour façonner le meilleur chemin, qui est rarement le plus simple !

Tu as abordé plusieurs fois la notion de réseau. Quels sont les leviers pour établir un réseau important et sur lequel on peut s’appuyer ?

Sincèrement, allez dans les réseaux qui vous ressemblent. Vous y aurez votre place de manière très naturelle et y apporterez les choses qui ne sont que le prolongement de vous-même. Ce réseau vous redonnera ce que vous-même lui avez offert de manière totalement exponentielle.

Par contre, je pense qu’il ne faut pas le faire avec une démarche business intéressée. Si vous vous investissez avec une intention commerciale pure, et non sur l’apprentissage et les rencontres simples, je crains que votre progression soit qualitative. C’est la différence que moi je fais entre briller et rayonner. Quand tu cherches à briller, tu finis par éblouir les gens et tu les désintéresses. Quand tu rayonnes, c’est quelque chose de naturel. Tu es à ta place, tu es aligné et donc la vie et le réseau vont te renvoyer du positif.

Est-ce que tu as eu un mentor dans ta vie professionnelle ?

Oui, j’ai eu deux mentors.

Le premier s’appelle Monsieur Rossi. C’est un papi de l’association EGEE bourré de d’énergie, de bon sens et qui n’a pas la langue dans sa poche. En 2h avec lui, je prenais plus de claques que ce que j’avais pris pendant toute mon enfance, il me remettait les idées en place, c’était génial.

Et puis il y a Garrett Delcourt, un homme brillant au coeur gigantesque. Il m’a transféré la façon de réfléchir de manière stratégique le développement d’une boîte en mettant toujours l’humain au coeur.

Pour conclure, quel conseil tu donnerais à des jeunes qui veulent se lancer ?

Les 3 conseils que je donnerais sont liés à mon histoire personnelle évidemment.

Le premier : si tu décides de te mettre à ton compte, travaille sur toi. Apprends à te connaître, identifie véritablement tes forces, tes faiblesses, tes valeurs, tes croyances. Comprends qu’en tant que chef d’entreprise, tu vas être le principal moteur de ta boîte, mais tu vas en être aussi le principal frein. Si tu as un problème d’estime de toi, tu ne t’accordes pas de valeur. Si tu ne t’accordes pas de valeur, comment est-ce que tu vas réussir à faire de la marge sur tes prestations ? Tu auras nécessairement un problème dans ton rapport à l’argent ; comment ta boîte sera-t-elle rentable, par exemple ? Je pense qu’il faut d’abord travailler sur soi pour identifier nos motivations profondes. Pourquoi est-ce qu’on se met à notre compte ? Est-ce que c’est pour briller socialement ? Pour avoir un cadre dans lequel exercer notre métier à notre manière singulière ? Qu’est ce qui chez toi déconne personnellement, vraiment intimement, spirituellement, qui risque d’impacter ta boîte ?

Le deuxième : entoure-toi de meilleurs que toi. Laisse ton égo de côté, ne sois jamais rassuré d’embaucher des collaborateurs qui ne te feront jamais d’ombre, n’aie jamais peur que tes clients préfèrent ton commercial à toi ; ne cache pas tes fournisseurs pour feindre de créer toi-même de la valeur. Oublie tout ça : constitue ton équipe uniquement avec des gens qui te dépassent, qui excellent, que tu admires, et qui vont tous tirer vers le haut.

Le troisième et dernier conseil est lié : crée du collectif. Ne crée pas un système pyramidal dont tu n’as même pas conscience, où tout tient à toi, où ton entreprise et toi en fait, c’est du pareil au même. Crée du collectif sinon tu passeras ta vie enchaîné à ta boîte ! Oui, pendant son enfance, elle aura besoin de toi, mais ensuite, à l’adolescence, encourage la à voler de ses propres ailes. Car je suis sûre qu’au fond, ton rêve, c’est qu’à l’état adulte et mâture, elle ne t’appelle pas tout le temps, mais qu’elle te demande juste de venir bouffer le dimanche pour donner deux – trois conseils !

On termine toutes les interviews avec les questions rapido, les questions Crescendo. La première c’est, est ce que tu es posée ou bouillante ?

J’ai vraiment besoin de répondre à cette question ? Bouillante !

Motivée ou déterminée ?

Déterminée

Leader ou manager ?

Leader

Entrepreneur ou dirigeant ?

Entrepreneur

Ton dernier SMS ?

Je serai toujours là pour toi.

A qui ?

A une très bonne amie.

Un livre ?

Les 4 accords toltèques.

Un film ?

Doctor Strange

Une citation ?

Ce qui ne tue pas rend plus fort.

Une musique ?

Brock Berrigan – September 22nd

Pierre brute ou pierre polie ?

Brute.

Quand tu es sur le blog, il y a la citation de Kennedy : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs »…

C’était mon deuxième conseil !

Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur son site, son Flickr sur sa page Facebook !

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