Le 27 mars 2017, Franck Briand nous a reçus dans son entreprise, GPG Granit qu’il a repris en 2004. Elle est située en plein cœur de la Bretagne, en Ille-et-Vilaine à Saint Jacques de la Lande. Un moment intense autour de cet homme rigoureux, pragmatique et intelligent. Nous en profitons pour le remercier ainsi que Gilles Sero pour la mise en relation.

On s’appelle Crescendo, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

Progresser, croître, s’améliorer, monter en puissance.

Pourquoi entreprendre ?

Je pense qu’autrement on s’ennuie. C’est en allant de l’avant que l’on se construit, que l’on progresse.

C’est surtout dans son aspect humain que l’entreprenariat est enrichissant : dans le partage avec les collaborateurs, avec l’écosystème – des fournisseurs aux clients -. Ce qui est vraiment intéressant c’est de construire un environnement qui permette à des collaborateurs de s’épanouir, d’être force de proposition. On passe beaucoup de temps au travail donc autant y prendre du plaisir.

Votre définition de l’entrepreneur.

L’entrepreneur doit avoir une bonne part d’inconscience et une bonne part de pragmatisme. C’est là que réside la difficulté : il faut avoir les deux en justes mesures.

L’entrepreneur doit être à la fois volontaire, courageux et visionnaire.

 

Vous avez parlé de pragmatisme, détaillez-nous votre vision ?

Le pragmatisme c’est la juste contradiction entre inconscience et vision.

Il faut avoir le côté inconscient, c’est-à-dire ne pas trop réfléchir parce qu’autrement on ne fait pas (ce qui est assez franco-français) ; et en même temps s’assurer quand même de la viabilité de cette vision.

Il faut trouver le juste équilibre entre les deux car il est de la responsabilité de l’entrepreneur que ça fonctionne, que l’entreprise et ses collaborateurs aillent de l’avant.

Est-ce que vous pouvez nous parler de la société ? Est-ce que vous en êtes le fondateur ? Comment vous êtes arrivé à la diriger ?

Je ne suis pas le fondateur, j’ai repris différentes entreprises, dont GPG en 2004, après mon retour des États-Unis. J’ai cédé les autres activités pour me concentrer sur celle-ci qui était une toute petite structure de trois personnes à l’époque. Aujourd’hui, on est 34, en majeure partie ici, au siège, à Saint Jacques de la Lande.

Notre activité est la création de monuments funéraires que l’on distribue, via notre plateforme logistique qui est à une vingtaine de kilomètres, sur toute la France et la Belgique à des partenaires professionnels, qui eux-mêmes vont revendre au particulier.

 

Vous avez parlé des Etats-Unis, qu’est-ce que vous y faisiez ?

J’ai monté et dirigé la filiale pour l’Amérique du Nord d’une société française du secteur du luxe, selles et accessoires pour chevaux, rien à voir avec mon activité actuelle.

Donc, toujours le goût de l’entreprise. A travers votre parcours, est-ce que vous avez eu un mentor, quelqu’un qui vous a guidé, qui vous a donné des conseils ?

Non et c’est un vrai manque dans l’écosystème, il y a un vrai vide à ce niveau-là.

Pour ma part, je fais partie d’un club qui s’appelle l’APM, un club de chefs d’entreprise qui m’a énormément apporté depuis sept ans. Ça permet de se renouveler, d’avoir d’autres idées, d’échanger mais aussi d’être formé sur des sujets de management, de gestion. Par-dessus tout, ça permet de prendre du recul.

Le partage d’expériences, c’est important pour un chef d’entreprise ?

C’est plus qu’important. Je pense qu’un des principaux dangers pour un chef d’entreprise, c’est l’isolement.

On parlait tout à l’heure de vision et d’inconscience. C’est qu’à force d’être seul, on peut finir par se tromper parce que l’on n’est pas challengé, que l’on ne peut pas partager certaines idées ou que l’on n’est pas remis en question. On apprend alors aux collaborateurs à ne pas hésiter à nous remettre en question mais ce n’est pas toujours évident.

Le fait de pouvoir partager est, je pense, vital.

 

On s’est laissé dire que vous aviez un temps d’avance dans votre secteur, est-ce que vous pouvez nous parler de votre configurateur numérique ?

Le configurateur c’est un outil qui permet de personnaliser son monument, éléments, granits, gravures…

A la base, on est simplement parti du constat que les modes de consommation évoluent et que le digital en est le principal outil : la manière de consommer est aujourd’hui différente. Le consommateur a beaucoup d’attentes, en particulier en termes de personnalisation. Il veut un produit qui lui correspond, qui correspond vraiment à son choix.

Dans beaucoup de secteurs aujourd’hui, c’est ce que l’on voit, à l’instar des véhicules personnalisés. Couleurs, options, etc. : le consommateur veut se différencier aussi, il n’a pas envie d’avoir le même produit que tout le monde. Grâce au digital, se différencier ou personnaliser ne veut pas dire atteindre des hauts de gamme ou nécessiter des moyens faramineux.

Le configurateur permet donc simplement de répondre à ces attentes-là, à ce besoin final : il permet aux clients, d’être en confiance, d’avoir vraiment un produit qui répond à leurs besoins et de le visualiser.

Plus globalement, dans la transformation de votre entreprise, l’utilisation du numérique, vous envisagez de l’appliquer ici dans votre relation collaborateurs ou vous ne restez que sur le client ?

La performance des systèmes d’information est aujourd’hui vitale et on est obligé de s’adapter de plus en plus vite, à la vitesse des marchés. On a donc en interne des développeurs informatiques pour répondre à cette agilité et à cette réactivité. Quand on a un besoin, il très important pour moi qu’effectivement on puisse y répondre rapidement et que l’on ne donne pas suite à cette idée six mois après ou un an après, ce serait trop tard.

On doit améliorer sans cesse l’organisation et la vitesse de l’information mais il faut aussi canaliser cette information, la structurer, autrement, ça part dans tous les sens.

C’est énorme ce que l’on peut faire avec le digital mais ça peut être tout aussi fantastique que ça peut être dangereux. Par exemple, à mon sens, les e-mails sont très dangereux. C’était bien il y a 15 ans, c’était génial car ça a permis d’accélérer la vitesse de l’information. Aujourd’hui, je vois ça comme un vrai danger. Il y a d’autres moyens, que nous avons mis en place en interne, de canaliser l’information pour la rendre plus efficace. Trop d’infos tuent l’info.

Dans les années 2000, c’était tout Web, tout digital. Aujourd’hui, les entreprises qui ne sont pas dans le digital risquent de disparaître et celles qui ne sont que dans le digital ne sont pas obligatoirement dans le vrai, dans le vrai temps, dans la pérennité. C’est bien l’association entre le digital et l’humain qui fera les entreprises les plus fortes.

Ça peut paraître utopique mais je suis convaincu que l’on peut ajouter de la valeur (et donc du CA) à tout ce que l’on peut avoir en consommation Web à partir du moment où on remet un peu d’humain, de contact. On va pouvoir consommer de chez soi mais avec une relation humaine. Il y a énormément de choses à faire en la matière : aujourd’hui, on a Skype, on peut faire de la prise en main à distance même avec des gens de 70 ans qui n’ont pas obligatoirement la possibilité ou l’envie de se déplacer. Le digital doit être un outil qui crée du lien.

 

Est-ce que vous avez connu des périodes de doute, d’échec ? Comment les avez-vous surmontées ?

Le doute est permanent ; justement parce qu’autrement, on serait dans la totale inconscience. Quand on lance des projets à deux, trois ou quatre ans ça implique forcément du doute. Le plus dur, c’est de savoir où l’on va. Ce n’est pas encore d’y aller, c’est de savoir où on va. Le plus difficile à déterminer, c’est la route. Y aller, ce n’est qu’une masse de travail.

Bien entendu, j’ai eu des échecs. Après, comme j’ai travaillé aux États-Unis, j’ai appris que les échecs étaient très relatifs. Ce n’est pas important. Ça permet de construire, et finalement, c’est plus positif que négatif.

L’échec n’est pas grave en soi mais après c’est une question de proportion. On peut prendre des décisions qui vont engager la responsabilité de l’entreprise, les investissements, etc. mais on doit faire attention, on ne joue pas à la roulette russe non plus. A partir du moment où on est vigilant, on peut avoir un échec, très vite stopper, se remettre en question et rectifier le tir. Le principal étant de ne pas s’enliser dedans et que ça n’ait pas des conséquences dramatiques.

Le fait d’aborder l’échec de cette façon, est-ce que c’est quelque chose qui se fait en France ?

Non !

Est-ce qu’il faudrait l’aborder comme aux États-Unis ?

Oui ! Je ne suis pas pro culture US à 300%. J’y ai vécu, j’en ai aussi vu les travers. Mais en attendant, déjà à la base quand on a une idée, aux États-Unis, on l’entreprend. On a l’idée, on le fait et on voit tout de suite si ça marche ou si ça ne marche pas, et on arrête si besoin. Mais on réfléchit assez peu en fait aux US, on a une idée, on y va en 24 heures, en 48 heures. Et on peut aussi bien reculer et arrêter aussi vite.

En France, on ne va pas réfléchir 48 heures mais des semaines, des mois. Et on réfléchit tellement, qu’à un moment donné, on va mettre dans la balance toutes les bonnes raisons de ne pas y aller. On s’enlise dans nos peurs et effectivement, on a d’autres cultures autour – parce qu’il n’y a pas que les Anglo-Saxons – qui elles avancent. Oui, on doit effectivement aller beaucoup plus vite et tenter des choses.

Je me rappelle très bien d’un ami aux États-Unis avec qui je discutais un soir, on échange sur une idée de site web. Moi j’en étais à préparer un mail, à l’envoyer, attendre d’avoir un retour… j’en avais à peu près pour un mois. Le lendemain matin, il me dit : « Tiens, hier soir, je l’ai mis en ligne à 2 heures du matin, il est 8 heures, et j’ai fait 200 000 $ de chiffre. ». Il s’est dit : « Je vais voir, je vais le faire. » C’était pragmatique : c’était affreux, mais c’était efficace.

Nous aimerions revenir sur la partie configurateur parce qu’aujourd’hui, vous êtes sur un business B to B, vous ne traitez pas directement avec le client mais le configurateur est destiné au client. Est-ce qu’il était destiné au client final ou plus aux entreprises avec lesquelles vous travaillez, qui elles le présentent au particulier ?

Il est conçu pour que nos clients puissent s’en servir avec leurs propres clients.

Ce qui est assez intéressant sur le sujet, c’est que d’un côté, on a des clients finaux qui sont en demande de produits ou de services, très demandeurs. D’un autre, nous, nous sommes complètement en amont et nous proposons les outils qui répondent à cette demande

La difficulté est d’accompagner nos clients professionnels qui, pour certains, doivent évoluer et se digitaliser pour répondre aux attentes de leurs clients.

Aujourd’hui, est-ce qu’il y a des remontées de ceux qui sont en contact direct avec le client chez vous pour améliorer le configurateur et aussi pour améliorer la vision de l’entreprise globale ?

Globalement assez peu. On est dans une attitude assez surprenante où les réseaux de distribution, pour partie, se rendent compte des besoins d’évolution du marché mais qui ne savent pas trop comment s’y adapter. Du coup, on essaie de leur proposer les solutions.

Quel conseil vous donneriez à des jeunes qui veulent se lancer ?

Le premier, ce serait que l’on n’est pas entrepreneur pour un statut social, encore moins pour l’argent. Les moyens, ce n’est qu’une conséquence si on fait bien le job mais ce n’est pas une cause. On n’achète pas l’étiquette d’entrepreneur.

Ensuite, ce serait de ne pas hésiter à entreprendre, car c’est une formidable aventure, de faire confiance à leur instinct (tout en étant pragmatique), de savoir s’entourer pour ne pas être seul, pour être bien conseillé ; et surtout de ne pas hésiter à voir grand. Cette fameuse peur d’entreprendre peut vraiment pénaliser les entreprises, voire les tuer, si effectivement on ne voit pas grand assez grand et vite en termes de ressources humaines, en termes d’investissement, etc. A un moment donné, il ne faut pas hésiter à prendre de risques pour aller chercher le succès.

Est-ce que vous êtes bouillant ?

Oui !

Motivé ou déterminé ?

Motivé.

Leader ou manager ?

Leader.

Votre dernier SMS, c’est quoi ?

Je rappelle votre client aujourd’hui.

Un livre à nous conseiller ?

A conseiller non, mais que j’ai apprécié, Steve Jobs.

Un film ?

Je n’aurais pas d’originalité mais je dirais le même, Steve Jobs.

Marbre de Carrare ou marbre de Caunes ?

Carrare.

Pierre brute ou pierre polie ?

Polie.

Sur notre blog, vous verrez une citation en bannière, qu’est-ce que vous en pensez ? « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs »

Je suis complètement d’accord. Mais je l’ai appris au fil du temps, je n’avais pas obligatoirement cette position, cette conscience il y a cinq ans, il y a dix ans.

Les photos sont l’oeuvre de Marie Roullé. Retrouvez son travail sur sa page Facebook !