Hom Nguyen, est un artiste autodidacte né à Paris en 1972. D’abord reconnu pour son travail sur le cuir, il est aujourd’hui salué pour ses portraits monumentaux. Révélé sur le tard, en 2009, il jouit désormais d’une reconnaissance internationale. Ses œuvres étaient exposées du 31 mars au 3 avril, au Grand Palais, à l’occasion du Art Paris Art Fair 2016. François Hollande s’était déplacé pour assister au vernissage.

Hom-HollandeNous avons rencontré Hom le 11 mars dernier, au cœur de St Germain des Prés, en face de La Guardia/NDC Made by Hand, le premier magasin de chaussures pour lequel il a travaillé.

Nous souhaitions rencontrer Hom pour en apprendre plus sur son parcours atypique, mais aussi pour mieux connaître l’homme. Son ascension fulgurante a attiré notre attention, d’autant plus qu’il a démarré à partir de rien, en autodidacte. Nous avons découvert un homme persévérant et humble. Son histoire, sa personnalité et son talent forcent le respect.

Quelle est ta définition de Crescendo ?

Je dirais, doucement mais surement.

En tant qu’artiste, tu es un entrepreneur. Qu’est-ce qui t’as donné envie de te lancer ?

C’est quelque chose qui est venu un peu par hasard. J’ai commencé en 2009, en cirant des pompes, en travaillant sur des couleurs de cuirs. Je crois que c’est venu par hasard, mais en même temps c’est une période où je voulais me reconstruire.

J’avais une ambition, une volonté de me surpasser et d’aller plus loin. Je me suis dit que j’allais entreprendre, ce qui m’a poussé à créer une micro entreprise et à construire un petit atelier de 13 m2 pour travailler sur la patine.

Cela consiste en quoi exactement ?

Patiner consiste à vieillir artificiellement le cuir à l’aide de différentes techniques, pour ensuite retravailler les contrastes et les couleurs.  Ce qui me plaisait, c’était de créer une impression de bois.

3Q0A5525-PSTu travaillais donc de façon artisanale ?

Oui c’était de l’artisanat. Puis à un certain moment, j’ai commencé à dessiner sur les chaussures et dans ce milieu personne ne s’attend vraiment à ce quelqu’un devienne artiste. Même si je me considère plus comme un artisan de l’art.

Le fait de continuer à dessiner sur des chaussures m’a permis d’évoluer vers la peinture. Je me suis investi à fond dans le dessin et la peinture. J’ai eu beaucoup de chance parce que mes œuvres se sont vendue quasiment immédiatement.

On a vu que tu étais parti au Japon. Qu’est-ce que tu es allé chercher là-bas ?

Au départ c’était vraiment un voyage de vacances. J’avais besoin de partir, je venais de perdre ma mère. Là-bas j’ai rencontré des maîtres tatoueurs du quartier de Shibuya à Tokyo. J’ai été vraiment impressionné !

La rigueur, la dextérité, la patience… Ils dégageaient un ensemble de qualités qui ne me ressemblaient pas. J’ai eu besoin de ces rencontres, elles m’ont permis d’apprendre énormément de choses pour travailler le cuir.

Tu t’es donc inspiré de ces maîtres tatoueurs pour travailler le cuir ?

Exactement, j’ai retranscrit leurs techniques sur le cuir.

Ton succès est venu à la suite de ce voyage et de l’application de nouvelles techniques où tu avais déjà gagné en visibilité auparavant ?

Non, je tatouais déjà des chaussures, mais c’est à partir de ce voyage que j’ai vraiment compris cette forme de langage qu’il peut y avoir entre le tatouage et la peau. Le cuir est une matière vivante, comme la peau. Je me suis vraiment perfectionné suite à ce voyage.

3Q0A5514-PSAu delà de la qualité de tes œuvres, comment tu fais pour entretenir ta notoriété ? On sait qu’il est souvent difficile de durer dans les milieux artistiques.

Je ne cherche pas forcément plus de relations, je ne démarche pas les gens pour exposer mes œuvres. Les rencontres se font au fur et à mesure. J’avance de collaborations en collaborations, par exemple mon partenariat avec le designer Ora-ïto en 2011 m’a beaucoup apporté. Il faut travailler énormément, mais je crois qu’il y a une part importante de chance ou de hasard.

Aujourd’hui tu es connu pour tes portraits monumentaux. Comment est-ce que tu passes du travail sur la patine au portrait ?

Cela c’est fait naturellement, car j’ai toujours dessiné. Aujourd’hui, le thème qui anime mon travail c’est celui de l’immigration et de l’intégration. Je suis né en France, mais mes parents venaient d’arriver du Vietnam. Ma vie est semblable à un puzzle, donc pour construire mon univers je rassemble différents morceaux que je mets en cohérence.

Si vous observez les masques de la série « Sans Repères », ces visages d’enfants sans bouche ou sans oreilles, c’est la retranscription de sentiments que j’ai éprouvé pendant mon enfance. Les traits à la pierre noire de chacun de ces masques sont à la fois l’histoire d’une vie et le reflet de mon passé.

sans reperes« Sans repères », pierre noire sur toile, 200×200.

On lit ou on entend souvent que les enfants d’immigrés doivent se battre plus que les autres pour réussir. Est-ce un constat que tu partages ?

Non, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir eu à prouver plus que les autres même si j’ai eu une enfance difficile et très modeste. Le fait de devoir aider ma mère dès le plus jeune âge m’a fait mûrir très rapidement. Les difficultés, les épreuves que l’on rencontre au quotidien poussent à travailler dur pour s’en sortir

Est-ce que tu as connu des échecs que tu considères, aujourd’hui, comme des tournants dans ta vie ?

Je ne peux pas citer un événement en particulier. Je pense que dans l’évolution d’une vie on doit régulièrement se remettre en question. Il y a quelque chose de très important chez nous, là je parle de ma culture vietnamienne, c’est l’accomplissement personnel. Je vous parlais tout à l’heure de ma volonté de me dépasser, je pense que c’est quelque chose qui se construit au quotidien.

Parmi tes portraits, il y a aussi des personnalités connues. Comment as-tu choisis ces différentes icônes ?

Ça dépend, il y a des personnes comme Bruce Lee qui ont bercé mon enfance. Je suis né dans les années 70 donc j’ai vu tous ces films ! Plus généralement, c’est un ensemble de personnages qui m’ont influencés ou qui m’attirent.

Il faut que leur visage me plaise. Ce n’est ni leur beauté, ni leur notoriété qui me poussent à les peindre, ce sont leurs expressions. C’est l’histoire de ces personnages qui me fascine, d’où peut-être le fait de vouloir retransmettre en peinture une certaine poésie, à ma manière.3Q0A5578-PSNous avons vu que tu étais parfois comparé à Pollock. Quelles sont tes références artistiques ?

Il y a énormément d’artistes que j’apprécie, il est donc très difficile pour moi de choisir ou de donner une liste exhaustive… J’aime beaucoup Alberto Giacometti et Lucian Freud.

Attention, là on parle de grands maîtres, je ne me compare pas à eux. Je suis à la fois dans le figuratif et dans l’abstrait, mais ça ne m’empêche pas d’apprécier des artistes qui ne proposent pas ces types d’œuvres.

Quelle est la partie la plus excitante de ton travail ?

Quand je commence à créer et que je fais corps avec ma toile. Je pourrais faire un parallèle entre peinture et sport de combat. Avec la peinture il y a contact direct entre le peintre et sa matière, pas comme dans le graffiti par exemple.

Je pense que c’est ce moment où la toile prend forme dans mon esprit et que les premiers traits viennent que je me sens le mieux.

HOM

questionsrapido

Est-ce que tu es bouillant ?

Je ne pense pas. Plutôt tiède (rires).

Motivé ou déterminé ?

Motivé.

Leader ou manager ?

Ça se ressemble vraiment, pourtant c’est différent… Je dirai leader.

Argent ou pouvoir ?

Ni l’un, ni l’autre. Franchement.

Droite ou gauche ?

Ni l’un, ni l’autre.

Couleur ou N/B ?

Couleur.

Une musique qui te motive ? 

J’en ai tellement… En ce moment je dirais Paradise de Coldplay.

Pierre brute ou pierre polie ?

Pierre brute.

Que penses-tu de la citation de JFK que nous utilisons : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs » ?

Pas forcément. Tu peux réussir sans être avec les meilleurs. Est-ce qu’il faut être bien entouré ? Parce que c’est ça la question au fond. Je pense que si on veut vraiment être bien entouré ça passe avant tout par la famille. Ceux qui vont te porter ce sont d’abord les membres de ta famille. Le reste n’est pas forcément déterminant. Ce n’est pas parce que tu es avec les meilleurs que tu seras forcément un bon.

IMG_5744-Modifier-PSHom dans la boutique La Guardia/NDC Made by Hand20 rue des Canettes à Paris. Ses œuvres sur le thème immigration/intégration seront exposées au Palais de Tokyo le 15 juin prochain ! Suivez l’actualité d’Hom sur Facebook et Twitter, ainsi que sur hom-nguyen.com.

Photos d’Hom réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur fabienrouire.com et sur Facebook !

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