Gilles Séro est un ex-sportif de haut niveau,  aujourd’hui diplômé de psychologie, expert en performance mentale depuis plus de 15 ans et consultant en entreprise. Il accompagne des professionnels de très haut niveau dans les domaines du sport, de la finance et du commerce. Il a modélisé une méthode de travail exclusive «GS Performance » et vient de publier son premier livre « GAGNER-1er sinon rien » préfacé par Mikaël Silvestre Vice-champion du monde 2006 de football.

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C’est à Saint-Lary Soulan que Gilles Séro a gentiment accepté de rencontrer Crescendo. 2h d’échanges instructifs et passionnants.

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Gilles Séro anime un excellent blog : le consulter c’est l’adopter ! www.gilles-sero.com

Qu’est-ce que ça veut dire pour toi crescendo ?

Ça veut dire ambition. Dès que je vois crescendo c’est synonyme à mes yeux d’ascension.

Pourquoi entreprendre ? Quelle est ta définition d’un entrepreneur.

Un passionné. Je considère que l’on ne peut pas réussir sans être un passionné et éprouver un réel intérêt pour ce que l’on fait. Je le dis souvent, tous ceux qui travaillent uniquement pour le résultat n’en ont pas et tous ceux qui travaillent avec passion et conviction, à un moment donné réussissent ! Dans mon travail, je parle beaucoup de sens. Pourquoi je fais ça ?  J’accompagne des créateurs d’entreprises dans une CCI et je leurs dis souvent, si vous créez pour gagner de l’argent, votre aventure ne durera pas longtemps. Créer du sens, c’est la définition de ma vie.

12698641_1160280770650283_7366662237267291020_oParle-nous de GS Performance.

Je suis parti de rien. Je raconte souvent en formation cette histoire pour prouver la notion des objectifs. Je fais une analyse stratégique commerciale et je décide d’acheter des places VIP au Stade Rennais. Des places à 200 €. Je n’ai pas trop les moyens de payer, mais je m’engage. Je m’engage parce-que je sais que tous les acteurs locaux, les grands chefs d’entreprises sont aux matchs. Au téléphone, il m’aurait été impossible de leurs parler, donc je vais les voir et en plus je suis meilleur face à la personne.

A cette période j’ai rendez-vous dans une belle entreprise Rennaise. Vous voyez le piège qui se présente à moi : « J’ai intérêt à faire le contrat ! ». Et bien non ! Je suis resté focalisé sur mes objectifs de performance (écouter, poser des questions, le connaître, apprendre des choses). Grâce à ces objectifs, j’ai accompagné tous les commerciaux de sa boite. Mon interlocuteur a voulu me tester au début, et si j’étais venu pour « vendre », j’étais « mort ».

C’est facile de se dire « il y a intérêt que je fasse le contrat ». Piège, énorme piège. Les bons objectifs font aller sur les bons chemins. Moi ce qui m’intéresse, c’est de toujours apprendre. Aujourd’hui, j’ai des convictions et des conceptions claires sur la performance et le haut niveau. J’en ai profité pour écrire sur mon blog, puis pour éditer un livre.

Il faut connaître ses points forts et ses points faibles. On n’a pas assez d’une vie pour faire progresser tous les points faibles que l’on a. Il y en a tellement ! En revanche, on a quelques points forts. Ceux sont eux qu’il faut développer. Je travaille avec des sportifs de très haut niveau, c’est un conseil que je leur donne, développer leurs deux ou trois points extraordinaires et appuyer là-dessus.

A partir de vos points forts, vous pouvez mettre en place des axes de progressions. Ils ne seront pertinents que dans ce sens, car ils correspondront réellement à ce que vous êtes. Ils vous permettront de renforcer vos points forts.

Qu’est-ce qui est le plus excitant dans l’entrepreneuriat ?

Le contenu, le chemin et surtout l’inconnu ! Je ne veux pas savoir dans un an où je serai. J’ai actuellement une nouvelle idée de création d’entreprise qui m’enthousiasme. La sécurité, je n’en veux pas. J’aime la prise de risque. De temps en temps, je me fais une rétrospective : il y a deux ans, où étais-je ? Cela me permet de voir le chemin parcouru. Si j’avance chaque jour un peu plus, je suis content. Le résultat m’intéresse, mais à la fin, pas au départ.

Les entreprises ont un objectif de résultats. Comment arrives-tu à leurs faire comprendre qu’il faut avoir des objectifs de performances et non pas des objectifs de résultats ?

Si un commercial doit faire 40 000€ pourquoi ne peut-il pas faire 70 000€ ou 80 000€ ? Les entrepreneurs fixent des problématiques de gestions, que je comprends et qui sont importantes. Mais ça n’a rien à voir avec la performance individuelle, donc c’est du non sens total. Chaque année, en novembre, des commerciaux me disent « c’est bon, je vais calmer, j’ai fait mon chiffre ». Mon rôle est de leur faire comprendre qu’il faut aller au bout de la démarche car il y a peut être un potentiel marché à acquérir.

En revanche, cela nécessite un changement dans la manière de manager. Comme je l’ai dit précédemment, pour moi pas d’objectif de résultats. Mais attention, cela n’est pas le monde de OuiOui. Je vais être beaucoup plus exigeant sur ce qui ne dépend que de toi, par contre je suis très light sur tes résultats.

Je rencontre des gens qui me disent, « moi je manage 70 personnes ». Je leurs réponds qu’ils ne sont pas managers mais animateurs au ClubMed. Manager seul, c’est autour d’une dizaine de personnes. Le plus important est de suivre les personnes. Mon rôle est d’accompagner au quotidien pour monter en performance. Les résultats viendront par la suite ou bien cela voudra dire que tu n’es pas fait pour ce métier. Plus on est qualitatif, plus on obtient des résultats.

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Parles-nous de ton livre.

Vous allez vous y retrouver… Pour moi, le livre c’est d’abord la création du blog. Cela fait 20 ans que j’achète L’Equipe et 20 ans que j’en ai marre de lire des conneries dès qu’ils parlent de mental. Un jour, je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose ! Alors j’ai pris chaque passage d’article, parlant de mental et j’ai commenté. Gros succès car à un moment donné, j’avais 800 personnes par jour qui consultaient mon blog.

J’ai donc décidé d’en faire un livre. Ce n’est pas une juxtaposition d’articles, mais une construction cohérente de thèmes, pour se mettre sur le chemin de la « gagne ». Et je suis aujourd’hui très heureux et fier de l’avoir fait et je peux vous annoncer qu’un autre livre sur le management est prévu dans deux ans. Mais j’ai déjà coécrit un livre avec mon ami Stéphane Ceaux-Dutheil, chroniqueur sur BFM, issu du monde de la finance. Le scalping, une technique de trading.

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Parlons du contenu, des notions que tu développes dans « GAGNER – 1er sinon rien ». Ta définition de l’expérience.

C’est l’accumulation des actions. Chacun apprend en faisant. L’expérience, c’est faire. Il y a d’abord un temps de préparation incompressible qui est composé d’échanges, où il faut mettre du sens, où l’on prend conscience… Mais à un moment donné, il faut faire ! Donc, il y a un temps de terrain et il y a un temps d’analyse. La méthode est : je prépare, je fais, et par pitié, j’analyse. Je rencontre des personnes qui,  à 50 ans n’ont aucune expérience car aucune analyse. La création de convictions se fait par l’analyse.

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Ta définition du mental ?

Le mental est la création de certitudes. Le plus important dans la performance est de gérer l’incertitude.

Quels sont les moyens pour la gérer ? Comment faire ?

La vie est incertaine par définition. Tout le monde se pose la même question « Quand est-ce que ça va finir cette histoire ». Chacun y répond à sa manière et met des pansements à sa manière. Je crois que dans la performance, pour se construire un mental, il faut réduire ses incertitudes. Savoir qui je suis, qu’est-ce que je fais, ce que je veux et comment je vais faire. Il ne faut pas remettre ses performances entre les mains de l’environnement. Si tu rentres sur un terrain, ou en rendez-vous, en te disant, qu’est-ce que je vais faire, ce n’est pas bon, c’est pile ou face. En fonction du contexte, un jour, tout se passera bien, un autre, non. Mon travail est d’aider à réduire les incertitudes. Vous devez être acteur en sachant ce que vous voulez faire. Et non totalement dépendant de l’environnement et du contexte.

J’ai mis dix ans à faire un modèle. Comment aider les gens à réduire les incertitudes. Il y a sept points clés que je développe dans mon livre.

LE RESEAU

C’est un processus, c’est du temps. C’est du boulot. Jusqu’à preuve du contraire, les miracles c’est à Lourdes.

La confiance…

Si ta confiance dépend de tes résultats, ta confiance va être fragile, puisque les résultats vont par définition fluctuer. C’est sûr. Donc, il faut s’en remettre sur des certitudes, se connaître etc.

Après, on est d’accord, les résultats vont valider, mais à la fin, pas au début. Là, j’ai en tête le coach de l’AS Monaco, en 2014, qui après une victoire en championnat disait : « Le retour de la confiance. Ces victoires rendent les joueurs plus forts ». Le Samedi suivant, ils prennent 3-0. Quelle blague ! La confiance se construit par du concret sur ce que vous êtes, la maîtrise de votre métier, l’analyse objective de vos actions… Le résultat ne viendra que valider ou pas, si vous êtes sur le bon chemin.

Dans le livre, on peut lire : Etre un Homme, avant d’être un sportif ou un commercial…

On revient sur la mise en sens. Fais d’abord ce que tu es. L’homme avant le professionnel. Le professionnel, c’est de la technique. Et la technique, ça s’apprend. En revanche, se comporter comme un « homme » : se respecter, respecter les autres, assumer ses valeurs et ses convictions, faire preuve de courage… il n’y a pas d’école pour ça. Une de mes citations favorites : « Même si ta poche est vide, veille à ce que ton chapeau reste droit ». Elle a du sens pour moi.

Aujourd’hui, tu n’as pas le droit à l’erreur. Ni à l’école, ni au sport, nul part. Nous, nous pensons que c’est une erreur de ne pas avoir droit à l’erreur. Ton avis ?

Effectivement. C’est totalement contre productif ! A mes enfants je leur dis  » Tu t’es trompé ? Super! Tu vas apprendre. Mais pour apprendre, tires-en les leçons, analyse. » Pour moi, la première des choses dans l’éducation est accepter d’avoir le droit de se tromper. Si les gens veulent progresser, ils doivent se tromper. S’autoriser à perdre est plus qu’essentiel. Toutes les personnes qui réussissent, s’autorisent à perdre. Un exemple avec les commerciaux, s’ils arrivent en négociation avec la peur de perdre, trop tard.  Il est essentiel de se tromper, mais par la suite, il faut analyser.

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Es-tu bouillant ?

Non ! Bouillant, veut dire impulsif. Et moi je suis le contraire de l’impulsivité. Après, tout dépend de votre définition. Moi, je suis bouillant sur des projets, pas sur le moment.

Motivé ou déterminé ?

Déterminé. La motivation est une conséquence. La détermination est le noyau.

Leader ou manager ?

Leader parce-que c’est celui qui veut et qui va accompagner l’autre. C’est mon travail. Aujourd’hui, quand je forme des managers je leurs demande de faire des entretiens individuels. Ensuite, je leurs pose la question suivante : Vous leur avez demandé de quoi ils avaient besoin ? On croit toujours que ce n’est que dans un sens. Un leader c’est « qu’est-ce que tu attends de moi ? Je suis là pour t’aider. » Moi je suis un leader et je te fais monter en compétence.

Argent ou pouvoir ?

Pouvoir. Mais sur moi.

Droite ou gauche ?

Je suis droitier, mais je jouais un peu du gauche.

Une musique qui te motive ? (Retrouvez la playlist Crescendo)

Maître Gims : Freedom et Où est ton arme.

Pierre brute ou pierre polie ?

Brute, donc à polir.

Que penses-tu de la citation de JFK que nous utilisons « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs » ?

A fond. Un grand patron est celui qui sait optimiser les gens, au sens éthique du terme. Les gens ont du talent, encore faut-il tout mettre en œuvre pour qu’il éclate. Selon moi, on ne réussit jamais seul, mais en s’entourant.

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