Après avoir soutenus sa loi Territoires Zéro Chômeurs de longue durée en décembre dernier, il était naturel pour nous de rencontrer Laurent Grandguillaume, actuel député de la première Circonscription de la Côte-d’Or. Très actif à l’Assemblée Nationale avec 45 interventions en commissions, 310 amendements signés et 4 rapports écrits. Il vient de publier un livre intitulé : « La gauche a perdu sa boussole, offrons lui un GPS ! » aux Editions du Moment qu’il a remis à François Hollande, Président de La République. C’est au Café Concorde, le Lundi 3 Mai 2016, que la rencontre a eu lieu, juste avant notre interview d’un autre député Richard Ferrand ! Portrait d’un Socialiste-Libéral compétent et à l’écoute.

3Q0A6907Quelle est votre définition du mot : crescendo ?

Je pense que l’idée de Crescendo c’est de construire, c’est d’avancer.

Pourquoi se lancer en politique ?

J’ai adhéré au Parti Socialiste à 18 ans, parce que j’ai toujours été révolté par les injustices. Je me suis toujours senti de gauche, socialiste, j’ai une identité politique. Je ne suis pas sans étiquette, je suis ni de droite, ni de droite (rires). J’ai considéré à l’époque que le PS était le seul parti de gauche où il y avait du débat, où on pouvait confronter les points de vue, sans se faire imposer un dogme. C’est de là que vient mon choix, que je ne regrette pas.

Votre vision de l’action politique et de votre rôle de Député ?

Je pense qu’on peut agir en politique de différentes façons. On peut agir à travers l’engagement associatif, à travers l’engagement syndical, à travers l’engagement à un parti politique et à travers un mandat d’élu. L’élection n’est pas le seul moyen qui permet d’agir politiquement. Une fois que l’on est élu il s’agit de tenter à la fois de comprendre le réel et d’aller à l’idéal, comme le disait si bien Jaurès dans son Discours à la Jeunesse d’Albi en 1903.

Agir en politique c’est aussi tenter de transformer le réel, par des lois, par des actions dans les collectivités territoriales (commune, intercommunalité, département ou région), essayer d’être utile à son niveau en fonction des buts que l’on se fixe. Pour moi il s’agit de réduire les injustices, de réduire les inégalités et de remettre l’humain au cœur des choix.

3Q0A6851Votre rôle au sein de la commission des finances ?

Je me suis spécialisé dès le début du mandat sur les questions liées aux entreprises, puisque j’avais créé en 2012 un collectif de députés qui s’appelle Entreprendre à Gauche. J’étais donc un des premiers, avec Thierry Mandon, à mettre cette question de l’entreprise au cœur des débats à Gauche. L’entreprise non pas conçue comme un lieu d’exploitation ou de confrontation, mais conçue comme une communauté de destins dans laquelle on peut s’épanouir. A condition de transformer l’entreprise pour répondre à cet objectif.

Comment fonctionne le Conseil de simplification pour les entreprises ?

Ce conseil réunit une fois par mois l’ensemble des acteurs, je co-préside ce conseil avec Françoise Holder qui est entrepreneure et qui dirige les boulangeries Paul. Ce conseil regroupe des entrepreneurs, des fonctionnaires, des parlementaires de gauche, de droite et du centre. Nous confrontons et les points de vues à l’aide de groupes de travail qui correspondent aux temps de vie de l’entreprise : embaucher, former, investir etc. Sur tous ces temps de vie, nous proposons des mesures de simplification. Ensuite, nous les faisons valider par l’exécutif. Enfin, nous essayons de trouver le meilleur moyen pour mettre en œuvre ces propositions : lois d’habilitations pour des ordonnances ou cela peut passer par des règlements (arrêtés etc.).

3Q0A6877Vos avez participé à la gestion de différents conflits (artisans/auto entrepreneurs et taxis/VTC) quelles ont été vos méthodes de travail et de concertation ?

En fait j’essayais à la fois  d’écouter tous les acteurs et de simplifier plutôt que de complexifier pour réguler. Il s’agissait d’étendre la simplification à un maximum d’acteurs tout en trouvant des voies d’apaisement. J’ai également eu des choix politiques à faire, choix que j’ai assumé, pour faire en sorte d’avancer.

C’est pour cela que sur la question des Taxis et des VTC, je considère, à la différence d’autres responsables politiques, que si le numérique est une chance ou un remède ça peut être aussi un poison. Ce qu’explique très bien le philosophe Bernard Stiegler en partant du concept de pharmakon. Pour que ce ne soit pas un poison, je pense que l’État à un rôle à jouer à travers la régulation des plateformes.

3Q0A6887Je ne crois pas dans le modèle Silicon Valley, c’est un modèle américain avec des multinationales qui lèvent des fonds. Pour notre jeunesse je ne défends pas un modèle dans lequel chacun est un micro travailleur, mis en concurrence avec l’ensemble des travailleurs dans le monde. C’est ce que fait Amazon avec la plateforme Amazon Mechanical Turk, avec laquelle on peut réaliser des prestations dématérialisées contre rémunération. Mais où tous les prestataires du monde sont en concurrence.

En fin de compte, est-ce que l’on souhaite un modèle de dumping social ou est-ce que l’on veut défendre un modèle dans lequel on peut concilier des nouveaux usages ainsi que la protection des personnes ? Je pense que c’est à choix politique à faire, ce choix, je l’ai fait.

3Q0A6876Du côté des auto-entrepreneurs, on parlait dernièrement de la possibilité de tripler leur plafond. Ça ne s’est pas fait, mais que pensiez-vous de cette proposition ? 

Je pense que c’était une très mauvaise idée. Il existe deux régimes, celui de la micro entreprise avec un forfait de TVA et le régime réel. Quand on est au régime forfaitaire on ne peut pas déduire ses charges, donc à partir d’un certain seuil ce n’est pas viable économiquement. Laisser penser que l’on peut étendre ce mécanisme est mauvais pour l’économie, mauvais pour l’entrepreneur et mauvais pour l’entreprise.

Je pense au contraire qu’il faut inverser le raisonnement et savoir pourquoi il est difficile de passer au régime réel. Pour résoudre ce problème je pense qu’il faut supprimer les cotisations minimales de RSI qui s’imposent même en cas de la baisse du chiffre d’affaire, puis fluidifier le paiement des cotisations au RSI par l’autoliquidation des cotisations. Je pense qu’il vaut mieux réduire les rigidités du régime réel que de promouvoir un régime qui n’est pas économiquement viable. Il y a des domaines où dès 18 000€ de chiffre d’affaire ce n’est plus possible de ne pas déduire ses charges. Je tiens un discours de vérité par rapport à cela, il y a des limites dont il faut avoir conscience.

La préparation de la loi territoire zéro chômeurs de longue durée semble être un exemple de coopération entre élus de tous bords et sociétés civile, quelles sont les clés de cette réussite ?

Cette loi d’expérimentation est née de la rencontre avec un militant de la société civile, Patrick Valentin d’ATD Quart Monde. Quand il m’a présenté cette idée je me suis demandé pourquoi on y avait pas pensé avant ! Je suis donc parti de l’idée d’ATD Quart Monde pour rédiger une proposition de loi avec des bénévoles experts dans le droit du travail. Ensuite j’ai essayé d’ouvrir au maximum la discussion en associant différents groupes d’élus. C’est comme cela qu’on a construit cette utopie réaliste.

Maintenant nous allons mettre en place un fond national d’expérimentation qui va être présidé par Louis Gallois. Il y a dix territoires qui seront choisis cet été ou à la rentrée pour  commencer l’expérimentation. Si ça marche, on pourra permettre à tous les territoires qui le voudront de s’inscrire dans cette dynamique. Il faut quand même  que le territoire concerné soit mobilisé, ce n’est pas un système mécanique ou hydraulique. Comme j’explique justement dans mon livre, la politique n’est pas faite avec des systèmes hydrauliques où il suffit d’appuyer sur un bouton pour obtenir des effets. Pour que l’on puisse agir, il faut des acteurs locaux mobilisés, des idées réalistes en gardant un idéal.

3Q0A6838Vous venez d’évoquer votre livre, pouvez nous donner des éléments supplémentaires ?

Je cherche à être utile, en proposant des lois, en faisant des rapports, en essayant de déminer des sujets compliqués, mais aussi en écrivant. J’ai donc décidé d’écrire pour proposer des idées. Pendant un an j’ai beaucoup lu : économistes, sociologues, philosophes, anthropologues… Différents acteurs qui écrivent à la fois sur l’économie, l’écologie et toutes les mutations de la société. Comme en parallèle j’effectuais une trentaine de déplacements dans toute la France, je me suis inspiré du terrain et de mes lectures. J’essaie de comprendre ce qu’il se passe dans la société, quelle grille de lecture on pourrait avoir, quelles sont les mutations à l’œuvre pour essayer d’apporter des réponses.

Les propositions que je fais concernent le travail, l’entreprise, la souveraineté l’État et l’Europe, les communs (comment créer des espaces de gouvernance libres et ouverts). Il ne s’agit pas seulement de vivre ensemble mais aussi de faire, de créer ensemble, c’est ainsi que l’on fait société. Il y a également des propositions sur l’éducation, la culture et la démocratie. Sur le renouvellement de la démocratie je suis favorable au non cumul des mandats en nombre, mais aussi au non cumul dans le temps (deux mandats consécutifs). Par ailleurs, je suis favorable au tirage au sort de 10% des effectifs des assemblées délibérantes (communes, départements, régions), parmi les électeurs inscrits sur les listes électorales. Sur un conseil municipal de 40 élus, il en faudrait 4 tirés au sort parmi les électeurs. Les citoyens tirés au sort pourraient poser des questions que ne se posent pas forcément les élus issus d’un parti politique, il y aurait donc une forme de contrôle démocratique au sein des assemblées délibérantes. On pourrait également mettre en place des formations pour la prise de parole en public, mais aussi pour mieux comprendre le fonctionnement des différentes institutions. Je pense que ce serait une bouffée d’oxygène pour la vie démocratique.

J’ai remis ce livre au Président de la République, la seule ambition que j’ai, est que des idées nouvelles soient apportées au débat et que les uns et les autres puissent se les approprier.

3Q0A6893Est-ce que du point de vue idéologique on peut vous identifier en tant que social-libéral ?

Je me définis comme socialiste-libéral. Être socialiste ça a un sens, comme le définissait très bien Léon Blum, on est socialiste à partir du moment où l’on cesse de se soumettre à l’ordre établi. Être socialiste, par définition, c’est vouloir bousculer l’ordre des choses, donc je suis socialiste. Ensuite, je suis libéral, au sens où je défends les libertés individuelles, comme les socialistes utopistes du 19eme siècle. Mais, dans le même temps, je ne défends pas le dogme de l’ultra-libéralisme économique, or en France c’est cette idée qui vient à l’esprit quand on se dit libéral. Je préfère quelqu’un qui se dit libéral et libertarien, avec qui je ne serai pas forcément d’accord ; à quelqu’un qui se dit « ni de droite, ni de gauche » (rires). C’est pour ça que je n’ai pas compris Emmanuel Macron, il aurait pu dire directement qu’il est de gauche en étant libéral, ce qu’il a rectifié par après. Il semble être trop entouré de communicants, de spécialistes de la communication politique qui cherchent à vous faire peser chaque mot. Le risque, en pesant chaque mots pour répondre à une ambiance du moment, c’est de se perdre. Je pense qu’il faut s’assumer tel qu’on est.

Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas dépasser des clivages. Comme je dis dans le livre, le seul antonyme du mot clivage c’est : confusion. Même dans notre langue, on ne peut pas concevoir que la sortie de clivage mène à autre chose qu’à la confusion. Or, on peut, à travers des utopies réalistes comme celle réalisée avec ATD Quart Monde, dépasser des clivages sans entrer dans la confusion mais en réussissant un projet commun. Je peux être d’accord avec des personnes de droite, si son idée est bonne, je ne vais pas dire qu’elle est mauvaise. Pour autant je reste de gauche.

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Les questions rapido

Est-ce que vous êtes « bouillant » ?

Oui, je suis bouillant ! Parfois je tranche, mais je ne cède jamais. Comme le roseau je plie, mais je ne cède pas.

Motivée ou déterminée ?

Déterminé.

Leader ou manager ?

Manager.

Argent ou pouvoir ?

Ni l’un, ni l’autre. L’argent ne fait pas le bonheur et le pouvoir pour le pouvoir ne sert à rien.

Droite ou gauche ?

Gauche.

Une musique qui vous motive ? (Retrouvez la playlist Crescendo)

Celle que j’écoute en ce moment : « Chan Chan » du Buena Vista Social Club.

Pierre brute ou pierre polie ?

Pierre polie.

Qu’est-ce que vous pensez de la citation de JFK que nous utilisons : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs » ?

Tout dépend de votre définition des « meilleurs ». Est-ce que les meilleurs sont ceux qui se placent sur un degré d’excellence dans un domaine ? Ou alors, est-ce ceux convaincus d’un combat juste ? Je choisis ceux qui se battent pour un combat juste, quelque soit leur degré d’excellence dans tel ou tel domaine. On peut être excellent dans un domaine et inhumain par ailleurs.

Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur son site et sur sa page Facebook !

1 commentaire

  1. Cher Laurent,
    Pour info, Google, Amazon, Facebook, … toutes ces sociétés qui changent le monde depuis 20 ans ont toutes été fondées sur le développement par la capital risque. Cela me rend bien triste (et dubitatif) quand je lis « Je ne crois pas dans le modèle Silicon Valley, c’est un modèle américain avec des multinationales qui lèvent des fonds. « . S’il vous plait, rentrons dans le XXIème sièvle au lieu de laisser les autres nous diriger.
    Merci,
    Yann

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