Un parfait hasard… Mais on dit qu’il fait bien les choses ! La rencontre avec la pilote automobile Marine Pidoux n’était pas programmée mais elle a accouché d’une superbe interview. Crescendo a abordé avec elle ses rêves les plus fous, sa carrière, ses accidents et ses futurs projets. Elle interviendra d’ailleurs à notre prochaine conférence participative, le 10 décembre à Narbonne ! Vous pouvez la suivre sur ses différents compte et pages Facebook ainsi que sur Twitter et Instagram. Portrait d’une femme douée et déterminée.

11h22m35s-img_9757

Que signifie pour toi Crescendo ?

C’est un blog qui va monter en puissance, pour les créateurs et les personnes qui ont pas mal d’ambitions et qui veulent monter en puissance.

Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours, ce que tu fais et comment tu en es arrivée là ?

Je suis pilote automobile, j’ai commencé à l’âge de 5 ans en kart. A 16ans, j’ai commencé à faire les championnats de France en Clio. J’ai été 2 fois vice-championne de France et j’ai toujours eu ce virus de la voiture, du circuit, du karting, ça ne m’a jamais lâché.

En 2014, j’ai commencé aux championnats de France en Mitjet et je suis passée cette année en Super Tourisme (en GT Tour, un des plus gros championnats français), qui s’importe maintenant hors de la France. J’ai la chance de rouler avec des pilotes professionnels qui ont un palmarès énorme… c’est un honneur de rouler avec eux.

Quel est le moment le plus excitant ?

C’est quand je monte dans ma voiture. Avant la course, je suis un peu stressée, j’ai besoin de me mettre un petit peu dans ma bulle. Et une fois que je suis harnachée, que j’ai mon casque, c’est le moment le plus excitant. C’est le départ et la fin de course. Après avoir fini ma course, j’essaie de calculer à combien je suis classée et quand je me dirige dans la pit lane pour rentrer ma voiture, je suis complètement excitée. Parce que j’ai fini ma course, je me suis régalée, j’ai ramené la voiture en entier.

11h12m16s-img_9702Est-ce que tu as des rituels bien précis ou des choses que tu fais avant pour te concentrer ?

J’ai un bracelet que je mets tout le temps depuis 2014 et dès que je suis dans ma voiture et qu’on me met le casque, j’essaie de me concentrer sur ma course. Je n’ai pas forcément de petit rituel à part mon bracelet, c’est tout.

On a rencontré Gilles Sero qui est provocateur de performance pour les sportifs de haut niveau. Pour la préparation, il nous disait qu’il faut limiter les certitudes au maximum. Est-ce que tu fonctionnes comme ça et surtout comment tu fais pour les limiter ?

Justement, c’est très difficile pour moi parce que je n’ai pas de préparateur physique qui essaie de m’aider à me canaliser psychologiquement. C’est assez compliqué mentalement d’essayer d’être vraiment concentré sans penser à des choses négatives.

En 2013, j’ai eu un accident sur un circuit, j’ai été paralysée et réappris à marcher pendant 1 an. Le fait d’avoir eu cet accident sur piste fait que maintenant j’ai des angoisses que j’essaie de traiter seule parce qu’il n’y a que moi qui peut arriver à dépasser cette peur. C’est assez compliqué de ne pas être accompagné. Donc comme le dit cette personne, si on avait la chance d’avoir des gens comme ça qui nous encadrent et qui nous aident à dépasser ces peurs ou ces angoisses, ce ne serait que bénéfique.

11h18m49s-img_9744 Tu nous disais que tu es la seule femme. Comment tu gères la rivalité dans le milieu-là ?

Oui. Il faut essayer de mettre les critiques et les intimidations de côté. J’essaie de me faire ma place, je n’ai aucune pitié sur la piste… eux non plus d’ailleurs. Mais je le gère bien parce que finalement ce n’est pas plus mal de n’être qu’avec des hommes parce que les femmes c’est vicieux donc… S’il n’y a que des hommes, ça me va très bien. Je n’ai pas envie qu’il y ait d’autres femmes en fait. Je me régale avec les hommes même s’ils sont beaucoup plus difficiles que les femmes. Ils sont très machos, c’est un sport d’hommes donc des fois c’est compliqué. Ils essayent par tous les moyens de me faire arrêter parce qu’une femme dans le sport-auto, ça n’a pas sa place.

Est-ce que tu envisages encore une carrière sur les prochaines années ? Tu commences à envisager une éventuelle reconversion ? Quels sont tes objectifs là ?

Déjà je suis chef d’entreprise. En fait je roule grâce à des sponsors, ce n’est pas rouler qui me fait vivre. Pour moi ce qui est important c’est d’avoir quand même derrière une stabilité et un travail, donc je les ai. Après bien sûr, forcément chaque année, il est hors de question d’arrêter. Donc l’année prochaine j’ai déjà des projets pour rouler. En 2019 on a déjà un projet mais qui est quand même surréaliste parce que je voulais rouler aux 24 Heures du Mans… le budget est assez irréel. C’est à peu près 250 000 € la course, c’est très difficile donc on verra bien. De toute façon chaque année, j’arrive à monter en catégorie alors que j’ai très peu de budget donc je me dis que ça ne pourrait pas être impossible. Normalement j’ai une course à Las Vegas en janvier, dans la catégorie en dessous de la mienne mais j’ai déjà couru deux ans sur cette voiture donc je la connais. C’est quelque chose qui me fait rêver depuis très longtemps et normalement ça devrait se concrétiser en janvier… on croise les doigts.

11h19m41s-img_9746

Tu disais que tu avais une entreprise. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ?

J’ai 3 sociétés en fait. Quand j’ai eu mon accident sur circuit, j’ai eu un an pour réfléchir à ce que je voulais faire. J’étais employée dans l’optique pas très loin d’ici. Je voulais reprendre le circuit malgré ce qui m’était arrivé mais être employé et faire en même temps du sport-auto, ça ne pouvait pas marcher. Du coup j’ai demandé à être licenciée mais il fallait que derrière j’ai le salaire. Et je ne pouvais pas rester au chômage, ça ne m’intéressait pas. Donc j’ai créé une première société de vente de bijoux et de vêtements. Tout ce que je porte c’est ma marque, mes bijoux aussi. Je vends dans des hôtels ressorts et sur internet. Après, j’ai créé une société de comm’ il y a 3 mois de cela. Et je suis formatrice dans l’optique et dans les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux comme vous pouvez le voir, c’est un petit peu mon domaine.

Est-ce qu’il y a un parallèle entre le business et le sport ?

Carrément ! Il y a des pilotes qui ont tout sur un plateau, qui ont la chance d’avoir leur budget. Et il y a ceux à côté, comme moi, qui démarrent de rien, qui ont un palmarès pas forcément énorme comme Sebastien Loeb (donc qui ont plus de facilité à trouver des sponsors). Je ne suis pas du tout jalouse, au contraire je les envie. Du coup il faut avoir cet aspect ambitieux, donc monter son entreprise c’est bien mais ça nous aide aussi à trouver des sponsors puisqu’on a toujours envie de se dépasser. Je ne me suis pas arrêtée à une seule société, j’en ai créé d’autres, peut-être qu’il y en aura une qui ne va pas fonctionner sur les trois… Mais finalement, le fait d’être ambitieux là-dessus, ça me permet de trouver des budgets que certaines pilotes n’auraient jamais trouvé. C’est ce qui m’aide énormément, cette envie de toujours me dépasser et d’aller au-delà de ce que je suis capable de faire. C’est vrai que certains pilotes ne comprennent pas, certains sont énervés de voir que j’arrive à trouver des budgets comme ça mais je bosse énormément. Donc voilà, cette ambition-là aide beaucoup.

11h11m37s-img_9693

Nos partenaires viennent d’ici par exemple. On a fait un événement au mois de juin-juillet, on a exposé la voiture, ça a fait un carton. Le but c’est d’avoir le national d’abord, on commence petit puis on avance… Crescendo !

Comme je vous ai dit, votre nom colle bien, quand vous m’avez dit « Crescendo », ça me fait penser à moi. J’ai commencé bas et ça monte crescendo chaque année. En tout cas le message que vous donnez est important.

Pourquoi entreprendre ?

Entreprendre parce que dans notre société aujourd’hui, il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Et puis entreprendre pour moi c’est réaliser ses rêves. Si je n’avais pas fait tout ça, je pense que je serais malheureuse dans ma vie. C’est ce que j’essaie d’expliquer aux jeunes qui me disent « tu es pilote, j’aimerais être pilote ». Sachez les gars qu’il y a énormément de boulot, souvent on laisse sa vie sentimentale et tout de côté pour réaliser son rêve. Mais finalement, aujourd’hui si je devais le refaire, je le referais à 3000% parce qu’il faut entreprendre, quand on a un rêve il faut aller jusqu’au bout. Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit que je n’y arriverais jamais mais tant que je n’ai pas essayé… de toute façon je vais jusqu’au bout.

11h16m33s-img_9723Est-ce que tu as une définition d’un entrepreneur ? Une définition ou des qualités, quelque chose qui t’appartient, une petite devise ?

Rien n’est impossible, tout est réalisable. C’est ma devise.

Quels conseils donnerais-tu à de jeunes entrepreneurs qui veulent se lancer, ou des jeunes qui veulent aussi se lancer dans ton sport ?

Si on a cette conviction, qu’on est sûr de pouvoir y arriver, qu’on a au fond de nous cette envie et qu’on sait qu’on peut faire quelque chose, il faut y aller jusqu’au bout. Ne pas écouter les gens qui veulent donner leur avis alors qu’ils n’y connaissent rien. Il faut s’écouter soi-même et aller jusqu’au bout. Et si on n’y arrive pas, il ne faut pas le regretter, il faut se dire qu’on a essayé, qu’on a eu le courage d’essayer et donc on va jusqu’au bout.

11h14m59s-img_9713

les-questions-rapido

Est-ce que tu es bouillante ?

Quand je pars en course je dis « Chaud patate ! » Et aussi – je vous le dis quand même parce que je suis dans un métier d’hommes – je dis « Bon les gars, j’ai une trique énorme là, j’en ai une comme ça ! »

Les mecs me disent « oh la la une fille qui parle comme ça, ce n’est pas possible… »

Motivée ou déterminée ?

Les deux. Mais surtout déterminée.

Leader ou manager ?

Leader.

Le dernier SMS que tu as envoyé ?

Mon dernier SMS c’était pour aider quelqu’un qui veut évoluer dans la société. C’était pour aider quelqu’un professionnellement parce que dès que je peux le faire, je le fais.

Est-ce que tu as un livre à nous conseiller ?

« Le marketing ». C’est une personne qui a travaillé à Que Choisir et qui nous explique que dans le marketing, il faut faire attention à tout ce qui est publicité, journaux qui racontent un tout petit peu n’importe quoi. Voilà, c’est le mauvais et bon marketing, c’est assez intéressant à lire.

Un film ?

Oui j’en ai plusieurs. Rasta Rockett forcément. Driven avec Sylvester Stallone que j’aime beaucoup. Et Jour de tonnerre aussi, dans le sport-auto forcément…

Une musique qui te motive ? (Retrouvez la playlist Crescendo)

Je n’en ai pas spécialement mais quand je pars en course, je passe une journée à me trouver de bonnes musiques que je vais m’écouter avant d’y aller. Et quand je crée mes vidéos en tant que youtubeuse, ça part d’une musique et après ça me permet de me créer ma vidéo par rapport à celle-ci.

Pierre brute ou pierre polie ?

Brute.

Que pensez-vous de la citation de JFK  »L’art de la réussite consiste à s’entourer des meilleurs » ?

S’entourer des meilleurs c’est une bonne chose mais intérieurement, c’est quand même important aussi de suivre ses convictions. Donc c’est bien mais il ne faut pas toujours écouter les meilleurs car ils n’ont pas non plus la science infuse.

Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur son site et sur sa page Facebook !

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please copy the string uDeq2r to the field below: