Le Lundi 6 juin, Crescendo est allé à Privas, à la rencontre de Pascal Terrasse, ancien président du Conseil Général et actuel Député de la 1ère Circonscription de l’Ardèche. Nous avons souhaité aborder avec lui différends sujets comme le revenu universel, son rôle de Député, mais aussi et surtout les grandes lignes de son rapport sur l’Economie Collaborative. Portrait d’un réformateur innovant !

IMG_5868Votre définition de Crescendo ?

Crescendo, c’est monter chaque jour une marche vers le sommet. Mais la problématique est qu’il n’y a pas de limites. Lorsqu’on est Crescendo, nous montons mais il n’y pas de plafond, il faut donc faire attention. Je suis très cartésien, j’aime les limites aux choses.

Pourquoi se lancer en politique ?

J’étais membre de la MNEF, une mutuelle étudiante en 1988, Nous étions contre la privatisation de l’université, j’étais à Montpellier. Puis il y a eu une alternance au pouvoir, Michel Rocard est devenu premier ministre, et il souhaitait qu’il y ait davantage de jeunes issus du réformisme et l’on m’a nommé chef de cabinet d’un ministre qui s’appelait Robert Chapuis, Secrétaire d’Etat à l’enseignement technique et donc à 24 ans je me suis retrouvé dans un ministère. Mais je n’avais pas du tout l’intention de faire de la politique, la vérité est que j’avais été repéré pour travailler dans les assurances. J’avais un beau poste qui m’attendait, mes amis m’ont conseillé de faire de la politique et finalement, je n’en suis jamais sorti.

En mai 1991, Mitterrand a sorti tout les Rocardiens du gouvernement, y compris le Ministre pour lequel je travaillais, je me suis retrouvé du jour au lendemain au chômage. J’ai donc fait une formation pour être directeur d’une maison de retraite et j’ai été élu Conseiller Général à 27 ans. Je n’aurai jamais du mettre les pieds en politique, mais quand je l’ai fait, le virus ne m’a plus quitté. J’ai ensuite été le plus jeune Député de France, puis le plus jeune président du Conseil Général de France.

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Votre vision de l’action politique et votre rôle de Député ?

La vision du rôle de Député a évolué au fil des années. Cela fait bientôt 20 ans que je suis Député. Lorsque je suis rentré à l’Assemblée Nationale, je pensais que le Député était quelqu’un qui avait un pouvoir absolu. J’ai très vite déchanté car les institutions ont évolué. En quarante ans en France, deux points majeurs ont fait évoluer le de rôle de Député. Tout d’abord, l’intégration dans l’Union Européenne. Aujourd’hui, elle a un poids prépondérant dans la structuration de la vie politique, sur de la réglementation, mais aussi sur le budget. Un député aujourd’hui, voit sa latitude d’intervention extrêmement limitée, car chaque fois que nous allons voter un texte de loi, lui précédent des directives européennes. Le rôle du Député qui va faire une loi pour lui-même n’existe pas en France. Il faut le savoir, nous transposons des directives européennes. Le second point, c’est la décentralisation. Pendant très longtemps, nous avons considéré que le Député avait le pouvoir absolu sur tout. Or, la quasi totalité des décisions se prennent au niveau local. La Région, le Département, la Commune, l’Agglo a un pouvoir extrême sur bien des sujets … Pour résumer, vous avez un pouvoir énorme sur le plan local avec la décentralisation, et un pouvoir énorme des directives européennes. Le Député se situe entre les deux, son pouvoir a été divisé. L’imaginaire collectif le place hiérarchiquement au-dessus des autres, mais ce n’est pas vrai.

Que doit-il faire pour exister ?

Il est inscrit dans la constitution qu’un Député peut contrôler et évaluer les actions du gouvernement. C’est ce que je fais. Je fais des missions auprès de la MEC (Mission d’Evaluation et de Contrôle) où je contrôle et j’évalue le gouvernement.  Il y a quelques semaines, j’ai effectué une mission auprès du Ministère des affaires étrangères, qui n’a pas du tout plu aux diplomates d’ailleurs. Donc, en définitive, un Député fait un peu la loi, mais évalue et contrôle les actions du gouvernement au-travers de missions.

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Votre action au sein de la Commission des Finances?

Je suis très actif en ce qui concerne le rôle de la fiscalité sociale car c’est quelque chose que je connais bien, et je suis le rapporteur spécial du budget du ministère des affaires étrangères. C’est moi qui rapporte l’ensemble des budgets de ce ministère là.

Votre définition de l’économie collaborative ? Qu’est-ce que l’uberisation ? Quelles sont les distinctions à faire ?

L’uberisation est un mot qui me déplaît vraiment. C’est un mot marketing, qui est là, grâce au Président d’HAVAS. Mais surtout parce que l’uberisation, selon le camp dans lequel vous vous trouvez, n’a  pas la même définition. Certaines personnes vont vous dire que c’est le jeune de banlieue à qui l’on va offrir un emploi, qui va être poli, va vous ouvrir la porte, vous donner à boire, à manger, qui a un véhicule propre, donc au fond, que le bon côté des choses. D’autres personnes vont vous dire que c’est la société low-cost, qui tire vers le bas, qui va casser les emplois existants, moins de protection sociale etc. Le mot ubérisation n’a pas de sens, cela ne veut rien dire. Mais l’économie collaborative oui !

C’est cette capacité que peut avoir un réseau digital pour faire de l’intermédiation entre l’acheteur d’un bien ou d’un usage ou le prestataire d’un bien ou d’un usage… et c’est bien ! L’économie collaborative est une économie nouvelle et est très intéressante car elle touche tous les secteurs d’activité et en particulier ceux du service. Ce qui est également intéressant et utile c’est qu’elle permet à tout le monde de faire des économies, à d’autres de gagner du pouvoir d’achat et enfin c’est une économie qui fait très attention à l’environnement car nous allons faire du partage. L’économie collaborative c’est comment faciliter l’utilisation d’un bien par plusieurs. Une voiture n’est plus la propriété d’une seule personne. Nous pouvons imaginer que demain, chaque véhicule sera valorisé par de la location, comme l’auto-partage ou encore le covoiturage. Valoriser les biens, protéger l’environnement, moins dépenser d’argent. Je trouve l’économie collaborative très vertueuse et totalement nouvelle.

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Quel impact sur les jeunes ?

Les jeunes que je rencontre aujourd’hui ne sont pas dans la plainte. Nous sommes en train de changer de société et nous sommes à la fin d’un monde économique et au début d’un autre ! Comme nous sommes dans une transition écologique et économique, ceux du monde nouveau n’ont pas réussi totalement car ils ne sont qu’au début de quelque chose, et ceux du monde ancien veulent conserver leurs avantages à leur profit. Mais une transition est toujours très longue, je l’évalue à l’horizon de 2030.

Mais ce que je dis aux jeunes c’est qu’ils sont les pionniers de quelque chose de nouveau. Lorsque nous avons inventé le train, le maréchal ferrant n’était pas très content, il voyait sont business disparaître au profit d’un nouvel outil qui transportait des personnes à des prix moins élevés. Le maréchal ferrant qui a su s’adapter, c’est celui qui est devenu mécanicien. Comme toujours lorsque nous sommes dans des transitions économiques, il y a ceux qui vont gagner, ceux qui se projettent dans l’avenir, ceux qui sont positifs et puis à l’inverse, ceux qui ont peur et qui perdent car ils sont trop conservateurs. Notre rôle est de les accompagner pour mieux les protéger.

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Quels acteurs avez-vous rencontré pour produire votre rapport sur l’économie collaborative ?

J’ai rencontré les parlementaires européens, les avocats, les notaires, les acteurs sociaux, les associations pour les personnes handicapées, également le secteur des personnes âgées, celui que l’on appelle la « Silver Economy ». Comment le numérique permet de faciliter à cette catégorie de personne une vie meilleure. Je rencontre des milliers de structure d’un peu partout et je suis très engagé. Mon principe, c’est que toute personne présente dans une économie traditionnelle sera disruptée par le numérique. Ce que je dis partout en France et dans le monde, lors de mes rencontres, lors de conférences à Montréal à Madagascar etc. En gros, soit vous vous adaptez tout de suite, soit il sera trop tard. Le numérique va changer notre économie, il faut s’adapter doucement, prudemment, mais il faut s’adapter !

Comment se mettra en place l’accompagnement des jeunes entreprises du secteur par les pouvoirs publics ?

L’écosystème du numérique est très important. Il faut impérativement que la puissance publique accompagne les personnes qui travaillent dans ce secteur là. L’idée repose sur deux piliers : tout d’abord,  il faut que la BPI joue son rôle d’accompagnement et n’hésite pas à aider chaque porteur de projet. Ensuite, ce que je demande c’est la création de territoires collaboratifs. A l’échelle d’un territoire comme la Communauté de Commune, une Agglo, un Département, demain, il faut que les élus et l’Etat s’engagent à développer l’économie collaborative numérique. Il y a eu en Ardèche la présence d’Emmanuel Macron et Manuel Valls pour le Comité interministériel à la ruralité où l’on a annoncé 30 millions d’euros pour accompagner les collectivités qui veulent se lancer dans l’économie collaborative. L’idée est de prendre modèle sur la Plaine Saint Denis, Le Havre, Bordeaux, Brest, Lille et la Martinique, tous ces territoires essaient de créer un modèle collaboratif numérique et digital.

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URSSAF vs. Uber. La requalification des chauffeurs en salariés est-elle une bonne idée ?

Non. Je suis absolument opposé à cela et je l’ai dit récemment dans un article, sur le journal Les Echos. Je crois que les chauffeurs d’UBER ne tiennent pas particulièrement à être des salariés car, s’ils le sont, ils seront dépendants de la boite qui les embauche. C’est-à-dire que les horaires seront imposés etc. Aujourd’hui,  les jeunes de banlieues me disent que l’objectif de leur vie n’est pas de devenir un employé municipal d’une commune. Ils ont envie de gagner leur vie, de changer, de faire ce qu’ils ont envie. Si un jeune veut devenir salarié, il n’aura aucun problème, les taxis bleus ou la G7 en cherchent. Mais les jeunes qui vont chez UBER, ce n’est pas ça qu’ils cherchent. Certains sont là car ils cherchent un complément de revenu, car ils ont un salaire à côté. Beaucoup de jeunes aujourd’hui ne connaissent pas le fait d’y aller crescendo, ils veulent être roi avant d’avoir commencé à être prince. Les jeunes me disent qu’UBER a le mérite de leur donner une chance, mais ils n’ont pas envie de devenir des salariés. Je ne suis pas du tout favorable d’obliger les personnes à être des salariés, c’est tuer l’idée de entrepreneuriat. Par contre, nous devons ouvrir des droits sociaux pour ces chauffeurs ! Il ont aussi un droit à la protection.

Que prévoit le projet de loi El Khomri pour l’économie collaborative ?

D’abord, j’ai proposé l’idée que ce n’est pas parce qu’on est indépendant que l’on n’a pas le droit d’avoir de protection sociale. J’y tiens énormément. Aujourd’hui 90% des actifs sont des salariés et 10% sont des indépendants. Il faut faire converger le droit des indépendants vers ceux des salariés. Il faut permettre au prestataire de pouvoir accéder aux prêts et aux logements. Enfin, l’accès au CPA (Compte Personnel d’Activités) doit être ouvert à tout le monde pour que les droits ne soient plus attachés aux statuts mais à la personne, ainsi les droits à la formation et à la pénibilité vous suivront toute la vie. Tout est pris en compte dans la loi d’ailleurs, mais personne n’en parle. C’est dommage car le CPA est quelque chose de révolutionnaire et une vrai mesure de gauche !

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Vous avez participé au Sharing Lille du 21 avril dernier. Parlez-nous de la table ronde consacrée à la place des communautés dans l’innovation territoriale.

Je fais partie de ceux qui croient que l’innovation se fait par les territoires. La pire des choses est de croire qu’elle vient d’en haut. En haut, il y a toujours le bon back office, des réflexions pas inutiles mais en ce qui concerne la gestion pratico-pratique c’est toujours en bas.  Je crois beaucoup en ce que disent les japonais : les entreprises ne peuvent fonctionner qu’à partir du moment ou l’ouvrier le moins qualifié a une bonne idée et qu’il fait remonter sa pratique pour modifier la structure. L’innovation peut venir d’un simple ouvrier, avec l’appui de ingénieur … Quand on voit les grandes innovations numériques aux Etats-Unis, très souvent, c’est par des jeunes dans leur garage. Donc cette idée de l’innovation par les territoires, j’y crois beaucoup. Il faut que la puissance publique identifie un certain nombre de territoires expérimentaux et à chacun d’eux, de nous démontrer leurs capacités d’innovations. Quitte à ce que nous les aidions. Ce qui est intéressant avec l’expérimentation, c’est que ce qui est bon et bien peut être ensuite transposé sur d’autres territoires. C’est le débat que nous avions à Lille.

Parlez-nous du label « territoire énergie positive ». Deux territoires ardéchois ont été labellisé. En quoi cela consiste ? Pourquoi l’Ardèche y accorde tant d’importance ?

J’ai été un des premiers à me battre contre le gaz de schiste. La facilité c’est de penser que ce gaz peut se récupérer, en plus, il n’est pas trop cher… Cela ferait gagner de l’argent plutôt que d’aller l’acheter ailleurs etc. Mais le gaz de schiste n’est pas une source inépuisable ! Donc je pense qu’il faut sortir des sources énergétiques épuisables. Pour cela, il faut réinventer une société où la meilleure des énergies est celle que l’on ne consomme pas. Il faut profiter de l’espace qui est devant nous, pour faire de l’efficacité énergétique. Comment faire pour que demain nous consommions de moins en moins d’énergie ? Aujourd’hui, je préfère regarder du côté de TESLA qui est une voiture électrique américaine et qui consomme moins.

Votre point de vue sur le revenu universel ? Quelles différences entre projets de gauche et projets de droite sur le sujet ?

Il y a le revenu universel défendu par la droite et le revenu de base défendu par l’extrême gauche. Moi,  je ne me suis pas fait une idée définitive, en revanche je pense que le débat est posé. Je suis convaincu que demain avec le développement et l’avènement du numérique, les emplois vont continuer à être détruits. Le numérique ne détruira pas le travail qui lui, va demeurer. De ce constat comment faire pour assurer un revenu minimum de base à chacun. Une société qui par le numérique détruit des emplois ne peut pas être équilibrée. Inévitablement les milliards gagné par certains devront être mieux redistribué à l’échelle de chacun. Mieux redistribué non pas sur de l’emploi salarié mais sur du travail. Ce qui veut dire que l’on va pouvoir se réaliser en travaillant dans des associations ou il n’y a pas la possibilité d’être payé aujourd’hui, dans de l’utilité sociale et dans des tas de d’autres domaines. Combien de personnes dans le foot qui sont éducateurs, qui ont les diplômes et qui ne peuvent pas être payés ? Demain avec le revenu minimum de base, que j’ai estimé à 1 200 €, tout le monde pourra avoir ce socle là et ce sera ouvert à tout le monde. La partie du dessus sera variable en fonction de l’activité que vous faites. Malheureusement ce n’est pas un débat politique du moment mais ce sera le cas en 2021. Le revenu minimum est quelque chose qui s’imposera à nous. Alors je porte cette idée même si je sais qu’elle ne verra le jour que dans une dizaine d’année.

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Que pensez-vous du clivage droite/gauche aujourd’hui ?

Aujourd’hui de par mon expérience en politique, ce que je crois c’est que l’on ne peut pas tout rejeter de la droite et nous ne pouvons pas dire non plus que tout ce que fais la gauche est formidable. Je complète mon propos en posant la question suivante : C’est quoi être de gauche aujourd’hui et c’est quoi être de droite ? Là, j’ai encore un peu de mal à le définir car si être de gauche c’est défendre les conservatismes, ou encore défendre les personnes qui ont des tas d’avantages au détriment de ce qui n’en n’ont pas, ce n’est pas la gauche ! La société de la rentre, c’est la droite. Chaque fois la gauche a été en avance d’une révolution parce qu’elle a été en retard d’une réforme. Une réforme bien pensée, cela nous fait avancer. Je suis profondément Jauressien avant d’être socialiste. Il disait une chose juste : comprendre le réel et aller à l’idéal ! Nous vivons dans un monde qui est particulier et notre réel d’aujourd’hui n’est pas le même qu’il y a 40 ans ou le monde n’était pas globalisé, ou le monde avait des frontières et ou tout était fermé. J’essai de comprendre le monde tel qui l’est aujourd’hui et trouver les solutions pour s’adapter.

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Il tient un discours actuel, il est inscrit dans son temps. Il voit le monde tel qu’il est et il pense que le monde est moins vertical que ce qu’il a connu auparavant, qu’il est plus horizontal. Il fait partie de la génération qui n’a jamais connu la guerre et c’est un citoyen du monde, un monde où les frontières n’ont pas de sens. Nous vivons dans un grand village où  lorsque les Etats-Unis toussent, c’est l’Europe qui s’enrhume. Il faut le dire également, Emmanuel Macron s’est battu contre la déchéance de nationalité. Nous sommes en présence d’un libéral au bon sens du terme, c’est un citoyen du monde. Et puis ce que j’apprécie, c’est qu’il n’y a pas de brutalité avec lui. Je l’aime beaucoup. Il faut néanmoins le protéger contre lui-même parfois. Avec la jeunesse, il y a de la fougue ce qui peut le conduire à faire des erreurs. Mais il avance, il est en marche…

 Les questions rapido

Vous êtes bouillant ?

Oui beaucoup ! Bouillant mais avec de la retenue. La raison l’emportera toujours sur la passion.

Motivé ou déterminé ?

Déterminé

Leader ou manager ?

Manager

Argent ou pouvoir ?

Pouvoir

Droite ou gauche ?

Gauche, gauche, gauche, gauche.

Une musique qui vous motive ? (Retrouvez la playlist Crescendo)

En ce moment j’écoute Fauve, notamment le morceau « Lettre à Zoé ».

Pierre brute ou pierre polie ?

Polie bien sûr…

Que pensez-vous de la citation de JFK : « l’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs ».

C’est très vrai. Ma carrière politique s’est faite grâce à mon entourage, jamais de moi. J’ai toujours été un coach, pas forcément un leader, mais c’est mon entourage qui fait ma force.


Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, lors de la conférence de lancement des Jeunes Avec Macron et de la Gauche Libre. Retrouvez son travail sur son site, sur sa page Facebook et sur son Flickr !

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