Le mardi 3 mai 2016, Crescendo a rencontré à Paris, au Café Concorde, l’actuel Député de la 6ème circonscription du Finistère. Ancien entrepreneur, il est aujourd’hui, en plus de son mandat parlementaire, Conseiller Régional en Bretagne. Nous avons souhaité le rencontrer car il est pour nous un modèle d’exemplarité pour un homme politique. En effet, il fait partie des plus actifs à l’Assemblée Nationale avec pas moins de 91 interventions en commissions, 629 amendements signés, 26 propositions de loi signées et 5 rapports écrits. Portrait d’un progressiste, à la pointe, d’une simplicité incroyable et d’une gentillesse extrême.

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Pour vous, que signifie Crescendo ?

Crescendo me fait penser à une vague. C’est quelque chose qui s’amplifie, qui est en dynamique et en croissance.

Pourquoi  vous êtes vous investi en politique ?

J’étais encore à l’école primaire lorsqu’un instituteur de l’Aveyron, de Rodez très exactement, nous a dit une chose un peu intrigante : « Les enfants, il faudra que vous vous occupiez de la politique parce que de toute façon, la politique s’occupera de vous ». Je n’avais pas très bien compris, mais je l’ai retenue.

J’ai été éduqué par une grand-mère qui lisait en cachette Le Canard Enchaîné et donc, je me demandais ce que c’était. Et très jeune, je me suis mis à lire ce journal. C’est cette recommandation professorale et cette lecture secrète qui m’ont fait m’intéresser très vite à l’organisation de la société, des rapports sociaux, des idées.

Mais l’élément déclencheur de mon investissement, c’est la personnalité de François Mitterrand. Je me souviens en 1974, j’avais 12 ans, et j’allais avec le père d’un ami coller les affiches pour François Mitterrand. La personnalité de François Mitterrand a mobilisé mon attention, et à 18 ans j’ai choisi d’adhérer au Parti Socialiste.

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Qu’elle est votre vision de l’action politique ? Pouvez-vous nous décrire votre rôle de député et de conseiller régional ?

L’enjeu est de contribuer à ce que la société, le monde, les rapports entre les personnes soient les meilleurs possibles, que l’on vive bien ensemble. Le rôle du politique est de contribuer à réguler ces rapports sociaux, à permettre l’émergence d’idées, de propositions, de projets. C’est une sorte d’accoucheur de règles qui, évidemment, doivent être en cohérence avec ce que l’on croit juste, c’est fondamental. Il faut être juste.

Ce qui est intéressant dans le rôle de conseiller régional, et qui complète celui de parlementaire, c’est qu’il y a une démarche plus concrète. Dans un Conseil régional, vous décidez des priorités des financements des lycées ou de la fibre optique, vous choisissez des investissements dont vous pouvez mesurer l’aspect concret. Nous sommes dans le « dur ». De fait, lorsqu’on vote la loi à l’Assemblée nationale, nous sommes parfois plus dans le « soft » puisque nous produisons du sens, un cadre général, tandis qu’au Conseil régional nous fabriquons du concret. Les choses se complètent.

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Parlons de la loi Macron. Comment fonctionne le suivi de son application ? Qu’est-ce qui reste à mettre en place et quels ont été les impacts sur l’économie ?

L’idée de demander au Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, la création d’une mission d’application de la loi est totalement inédite sous la cinquième république dans cette configuration.

Il y a toujours eu des missions d’information ou d’évaluation, mais la création d’une mission qui est amenée à suivre l’élaboration de très près des textes réglementaires (décrets, arrêtés) et de faire des retours, des propositions de modifications est quelque chose d’inédit. Ça n’a d’ailleurs pas été spontanément apprécié par certains qui considèrent que par la combinaison des articles 34 et 37 de la Constitution, une fois que les députés ont voté la loi, ils sont priés d’aller jouer dans leur cour. Et que l’administration est assez grande pour ensuite produire le règlement, parfois de manière restrictive, parfois de manière extensive.

Or, je voulais impérativement que l’intention du législateur soit respectée dans la traduction réglementaire des dispositions légales que nous avions longuement discutées et débattues.

Alors, quel bilan ? Nous sommes en passe d’ajouter un nouveau record à cette loi Macron, puisqu’à l’heure où je vous parle, plus de 90 % des textes d’application ont été pris. Il en reste encore et cela donne lieu à des échanges intenses.

C’est vrai que nous sommes en retard sur les décrets qui concernent notamment l’installation des professions juridiques réglementées. La première version de la carte de l’Autorité de la concurrence doit être produite pour début juin. L’objectif affiché reste que les premières installations libres aient lieu cet été, a fortiori l’ensemble des textes nécessaires devront être publiés auparavant.

Globalement, nous sommes très satisfaits du rythme et de la traduction réglementaire de la loi, malgré quelques impairs ici ou là.

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Comment souhaitez-vous que la France lutte contre le détachement des travailleurs ?

C’est un sujet très important qui a été un des fils rouges durant mon mandat de député.

Mais pourquoi lutter contre le détachement abusif de travailleurs ? C’est important de le préciser, car nous ne sommes pas contre le détachement en tant que tel, mais nous sommes contre le détachement abusif parce qu’il y a des effets pervers.

Tout d’abord, cela crée une concurrence sociale déloyale en défaveur des entreprises, notamment dans le bâtiment, puisqu’ils peuvent faire valoir des coûts moindres mais abusivement obtenus.

Ensuite, parce que c’est épouvantable pour nos travailleurs et pour notre système social, car cela consiste à gagner des marchés, à s’éviter les cotisations sociales du pays et à créer du chômage.

Enfin, lutter contre le détachement abusif des travailleurs, c’est aussi défendre l’Europe. Comment voulez-vous promouvoir auprès des peuples l’idée européenne si, de la manière la plus concrète qu’il soit – dans le travail et dans l’activité économique – vous avez le sentiment que l’Europe laisse prospérer ce qui vous trahit chaque jour…

Nous avons aujourd’hui un arsenal beaucoup plus complet, qui s’est renforcé au gré mesures votées depuis 2012.

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Pouvez-vous nous le décrire ?

En amont, nous avons mis en place un système qui responsabilise le donneur d’ordre/maître d’ouvrage qui trop souvent se trouvait hors de cause alors qu’il était pleinement complice. Désormais, l’entreprise bénéficiaire verra sa responsabilité solidaire engagée en cas de manquements relatifs aux conditions d’hébergement, aux non-paiements des salaires et heures supplémentaires  et autres dispositions du code du travail fondamentales. Il a également à sa charge diverses obligations d’injonction et d’information.

En aval, nous avons très sensiblement augmenté le montant des différentes amendes en cas de manquements (fraude, absence de déclaration de détachement etc.) et modifié la nature de certaines sanctions en sanctions administratives pour une réactivité plus importante.

De nombreuses autres mesures ont été votées, d’abord dans la loi visant à lutter contre la concurrence sociale déloyale puis dans la loi Macron. De nouvelles dispositions sont en débat dans l’actuel projet de loi « travail » afin par exemple de pouvoir suspendre la réalisation des opérations engagées en cas de défaut de déclaration de détachement ou d’autres manquements.

Comment se met en place le plan de formation de 500 000 chômeurs en Bretagne ?

En Bretagne, et singulièrement en Finistère, nous sommes par définition à la pointe. J’ai reçu récemment le directeur régional de Pôle Emploi, car nous sommes la deuxième région la plus avancée et opérationnelle sur la mise en œuvre du plan de formation annoncé par le Président de la République. Nous avons été très actifs et les choses sont en train de se mettre en œuvre très concrètement. Il y a tout d’abord le recensement des besoins qui est fait à la fois par Pôle Emploi et le Conseil régional, en lien avec les partenaires sociaux, puis il y a la confrontation au bassin de l’emploi.

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Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Tout d’abord et ce que je trouve fondamental, c’est qu’il est un des seuls hommes politiques au niveau de responsabilité qui est le sien qui a une approche contemporaine des problématiques du monde et de notre société. Je considère que son approche est bonne et éclairante.

Le deuxième aspect est qu’il démontre que l’on peut être d’une très grande fermeté sur les valeurs de progrès, de justice et d’égalité et en même temps que l’on peut être ouvert aux idées de ceux qui n’ont pas la même sensibilité. Il me semble intéressant d’être dans cette démarche là, car aujourd’hui les clivages anciens n’ont plus grand sens : le clivage qui a du sens c’est celui entre les conservateurs et les progressistes.

Les Français n’aiment pas la mondialisation. Cela induit une compétition que les français n’ont pas envie de jouer car les règles qui la président sont ultralibérales. Ce sport ne plait pas aux français, les règles de ce sport ne plaisent pas aux français (et j’en fais partie) mais il vaudrait mieux jouer, sinon nous sommes sûrs de perdre. La question est donc : comment, dans le respect de nos valeurs, du pacte social qui fait la France, faisons-nous en sorte de ne pas perdre ?

L’historien anglais Joseph Arnold Toynbee, écrivait que « les civilisations meurent par suicide, jamais par meurtre ». Ce qui voulait dire que, soit nous nous mettons en situation de relever les défis qui se présentent, soit nous disparaissons. Par conséquent, nous avons ce défi en face de nous : comment rester français, avec nos traditions, nos valeurs, notre modèle, et comment s’adapter pour ne pas tomber en ruine ? J’étais sur Europe1 récemment et j’ai employé cette formule en forme d’avertissement aux progressistes : « La gauche a toujours été la muse de la réforme, attention à ce qu’elle n’en devienne pas le musée« .

Que pensez-vous de la taxe sur l’héritage ?

Je pense qu’Emmanuel Macron a raison de dire qu’il vaut mieux taxer l’héritage que le succès.

Admettons que Crescendo veuille se lancer, que vous réussissiez très bien et que vous gagniez beaucoup d’argent. Je ne vois pas pourquoi il faudrait vous pénaliser alors que si vous êtes des paresseux, riches héritiers, nous devrions vous trouver formidable! 

Car au fond, mieux vaut créer de la richesse, que simplement en être le gardien par héritage. C’est pour moi du bon sens. Il faut donner la prime à ceux qui dans leur époque créent de la richesse et pas à ceux qui simplement sont des obséquieux héritiers qui gèrent un patrimoine hérité. Cela me parait progressiste et plutôt de gauche comme point de vue même si, c’est vrai, ces questions sont héritées d’un certain libéralisme au sens politique du terme.

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Dans la loi Macron, nous disions qu’il fallait créer une égalité d’opportunité, et bien c’est cela l’égalité moderne. C’est rompre avec un système de rentes indéfinies qui préexistait. Je ne sais pas si c’est de gauche ou si c’est libéral, ce que je sais c’est que c’est progressiste. Nous ne pouvons pas recréer l’égalité uniquement par la taxation et la redistribution (qui restent pour autant des outils indispensables), mais par l’égalité des opportunités.

C’est cette approche là que je trouve résolument moderne et saine. Il est important de dire aux français que oui, nous vivons dans un monde mondialisé. Donc il faut se retrousser les manches et gagner le match ! Mais nous ne pouvons pas rester dans les vestiaires avant une compétition. Emmanuel Macron a le courage de le dire, et je trouve cela utile pour le pays. Voilà pourquoi je suis un de ses compagnons de marche.

Les questions rapido

Etes-vous bouillant ?

Oui !

Motivé ou déterminé ?

Les deux.

Leader ou manager ?

Compagnon.

Argent ou pouvoir ?

Fromage ou dessert.

Droite ou gauche ?

Gauche !

Une musique qui vous motive(Retrouvez la playlist Crescendo)

Vous êtes du Sud alors « Motivés » de Zebda.

Pierre Brute ou Pierre Polie ?

Brute.

Que pensez-vous de la citation de JFK que nous utilisons : «L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs»?

C’est sans doute assez juste. Je me souviens de Ronald Reagan qui avait dit un jour que son prédécesseur, qu’il avait battu, Jimmy Carter, était mille fois plus intelligent que lui. « Vous savez je ne suis pas quelqu’un de très intelligent, mais je suis beaucoup mieux entouré que lui. » Un exemple du camp républicain pour illustrer cette parole d’un célèbre démocrate.

Photos réalisées par notre photographe, Fabien Rouire, retrouvez son travail sur son site et sur sa page Facebook !

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