Le 27 mars 2017, François Colombier nous a reçus dans son entreprise, RIHET, qu’il a reprit en 2009. Elle est située en plein cœur de la Bretagne, en Ille-et-Vilaine, à Bourg-des-Comptes. Un moment chaleureux autour de cet homme rigoureux, honnête et intelligent. Nous en profitons pour le remercier ainsi que Gilles Sero pour la mise en relation.

Que veut dire pour vous « Crescendo » ?

Aller de plus en plus vite, de plus en plus fort, de plus en plus haut.

Pourquoi entreprendre ?

Pour être plus maître de son destin qu’on ne peut l’être dans des grands groupes. Pour découvrir des gens dans leur vie de tous les jours. Pour plus de vérité parce qu’on triche moins quand on est dans de petites structures que quand on est dans des grosses.

Votre définition d’un entrepreneur ?

Quelqu’un qui aime prendre des risques, qui les assume jusqu’au bout ; et quelqu’un qui accepte d’échouer.

Est-ce que vous avez pris des risques et pourquoi vous les avez pris ?

J’en ai pris quelques-uns puisque j’ai décidé de reprendre cette entreprise alors que je ne connaissais pas grand-chose en électricité / plomberie / chauffage, et que je ne maitrisais pas non plus la gestion d’entreprise. J’y suis allé par rapport à l’envie de découvrir d’autres gens que ceux travaillant dans les grands groupes. Entreprendre, c’est un besoin et des opportunités que l’on se crée. Ça correspond à des situations, à des périodes de la vie où l’on se dit qu’on est dans une bonne phase pour se lancer.

La prise de risque est toujours à faire avec les gens qu’on aime, les gens qui nous entourent, qui nous font confiance. C’est surtout ça qui est important. Donc j’ai bien sûr impliqué ma femme, mes enfants, ma famille ; avec des avis divers et variés, puisque vous avez toujours des : « Surtout ne fais pas ça, tu ne te rends pas compte, tu mets en péril ta famille ! » Mais au moment de s’engager, c’est une démarche égoïste. C’est avant tout se faire plaisir. Si on y va pour avoir peur ou pour mal le vivre, il ne faut pas le faire.

Concernant votre parcours, comment vous en êtes arrivé à votre entreprise aujourd’hui ?

Par hasard. Je suis ingénieur de formation, j’ai fait une quinzaine d’années dans des grands groupes. J’étais chez Altran Technologies en tant que consultant puis à France Télécom, où je me suis occupé de systèmes d’information et de services à valeurs ajoutées. Tout ça gravitait autour du monde de l’intégration qui prend de l’importance étant donné notre monde de plus en plus complexe. On a une multitude de domaines qu’il faut faire cohabiter, fonctionner en parallèle, et cette partie intégration m’a toujours suivi depuis le début. Dans une maison, on intègre l’électricité, la plomberie, le chauffage au milieu des plaquistes, des carreleurs, des peintres et sans oublier le gros œuvre. L’électricité, la plomberie, le chauffage s’interfacent avec tous les différents métiers du bâtiment.

Vous avez repris la société Rihet. Depuis combien de temps ? Pouvez-vous nous la présenter ?

L’entreprise Rihet a été fondée en 1978 par M. Rihet. Je l’ai reprise en 2009, ça va faire maintenant 8 ans. C’est une entreprise qui travaillait beaucoup pour le particulier, dans le domaine de l’électricité, la plomberie et le chauffage. On a maintenu cette activité de base en l’ouvrant à l’entretien de chaudières.  Et puis on a développé une structure de placo, pose de menuiseries et d’isolation, dans l’objectif de fournir un service à valeur ajoutée complet au client dans le second œuvre. L’ambition est d’être maître d’œuvre du second œuvre. Etre capable de prendre une maison une fois que les murs sont faits, la toiture est posée, la charpente… Et puis proposer de réaliser tout le reste avec notre société hors peinture. Un autre axe de développement au travers de notre bureau d’études est d’intervenir dans le tertiaire et le collectif pour permettre aux jeunes de se former sereinement.

Le partage d’expérience pour vous, c’est important ?

Oui parce que je n’ai pas eu de mentor. La façon de partager est importante parce que l’on apprend beaucoup plus de ses propres expériences qu’en écoutant les gens expliquer ce qu’ils ont fait de bien ou de mal. Peu de gens vous parlent de leurs échecs ; alors que c’est là que réside souvent le plus d’enseignement à tirer : dans un contexte donné, comprendre les erreurs commises et faire en sorte d’assimiler cette expérience pour le futur. Aux Etats-Unis, les échecs sont d’ailleurs considérés comme des étapes nécessaires pour réussir.

Est-ce qu’il faudrait que ce soit le cas en France ?

Oui c’est sûr. Pas valoriser l’échec, mais ne pas détruire quelqu’un parce qu’il a échoué. Il faut échouer, il faut se tromper, il faut boire des bouillons pour y arriver. Quand on apprend à marcher, on tombe. Si on ne se cogne pas, si on ne se brûle pas, on n’apprend jamais à savoir que c’est chaud ou qu’on peut se blesser.

Alors, présentez-nous vos échecs. Et surtout qu’est-ce que vous en avez tiré derrière.

Échec dans la gestion des relations humaines. Pour moi c’est là où on échoue le plus en tant qu’entrepreneur, c’est à dire dans le fait de savoir que quelqu’un a du potentiel et de ne pas arriver à lui faire exprimer, de ne pas arriver à s’entendre avec la personne et d’être obligé de se séparer. Échec face au client pour le convaincre de travailler avec vous.

La leçon que j’en tire : progresser dans la compréhension de l’autre et dans ma manière de communiquer en se formant.

Après c’est par rapport aux doutes aussi. Est-ce que vous avez eu des périodes de doute et comment vous les avez surmontés ?

Comme disait mon prédécesseur : « Tu mets le casque, tu montes sur la mobylette et tu mets la poignée à fond ! » Et il n’y a que ça. On en a tous, des moments de doute, ils sont très nombreux ; mais à chaque fois qu’on doute, la seule façon de dépasser ce moment, c’est d’avancer, être dans l’action plutôt que dans l’analyse. Trop analyser, c’est perdre son temps à psychoter. Donc, il faut y aller et ce tous les jours.

En reprenant l’entreprise, comment l’avez-vous développée ? Sachant que le BTP n’est pas forcément le milieu où il y a le plus d’innovation, comment avez-vous essayé de développer la partie professionnelle ? Et est-ce qu’aujourd’hui vous avez des axes de développement pour votre société ?

Déjà, je l’ai reprise en situation de crise fin 2008 début 2009. J’ai d’ailleurs failli ne pas reprendre. Nous avons mis en place une gestion analytique des chantiers et travaillé à mettre les ouvriers dans les meilleures conditions pour réussir leur chantier. Dans le bâtiment, on perd beaucoup de temps à défaire et refaire : il reste beaucoup d’axes d’améliorations pour arriver au bon moment sur le chantier, faire le travail demandé sans y revenir, faire en sorte que le client soit satisfait. Ce sont des choses toutes simples mais difficiles à mettre en place.

Les axes de développement de la société sont dans les différents métiers du second œuvre hors peinture. Donc aujourd’hui c’est le placo, l’isolation, la pose de menuiseries ; le carrelage dans un avenir proche.

Nous réfléchissons à d’autres services mais il est encore trop tôt pour en parler.            

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à des jeunes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat ?

Allez-y, faites-vous plaisir ! Le plaisir avant tout ! Apprendre à bien maitriser ses émotions par rapport à tout ça. Je crois qu’il n’y a pas de parcours spécifique. Chacun se lance quand il en a envie, comme il le souhaite. Et ce sont surtout les circonstances de la vie qui font qu’on entreprend ou qu’on n’entreprend pas.

Posé ou bouillant ?

Je suis tout le temps chaud ! Chaud bouillant ! C’est vrai que c’est une expression que je dis souvent. Je suis plutôt de nature caractérielle. J’ai joué au rugby ; je n’aimais pas recevoir, j’aimais bien donner.

Motivé ou déterminé ?

Motivé et déterminé sont forcément liés, il faut les deux.

Leader ou Manager ?

Les deux aussi. Si vous voulez, l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui, je pense que le leadership, ça ne se décrète pas forcément, le management ça s’apprend ; et l’ensemble fait qu’on arrive à collaborer avec les gens ou pas, en donnant des directions. Ce qui est important c’est de donner une direction, l’expliquer le plus clairement possible et de faire en sorte que les gens aillent tous dans la même direction. Tout le monde a son énergie mais si ça tire de chaque côté, dans des directions différentes, c’est plus compliqué.

Votre dernier SMS ?

J’étais à Amsterdam et j’ai envoyé une photo d’une galerie pas très recommandable à un copain.

Un livre ?

« Un animal doué de raison » de Robert Merle, parce que le biomimétisme est une des clés de notre avenir. C’est un domaine dans lequel j’aurais aimé travailler.

Un film ?

Je vais très peu au cinéma. Je prends un vieux film : « La grande vadrouille ». Parce que c’est un film optimiste qui montre des hommes avec des caractères différents partager un objectif commun dans un contexte difficile. Ils surmontent ensemble leurs difficultés grâce notamment à leur différence. Je trouve que ça résume assez bien la vie en entreprise.

Une musique pour intégrer à notre playlist ?

Mozart. Toutes les sonates pour piano sont exceptionnelles. Sinon j’aime bien Johnny, de temps en temps. Je trouve qu’il a une énergie folle. Quand on va le voir sur scène, c’est ce qui marque. C’est quelque chose d’impressionnant encore à 70 ans…

Pierre brute ou pierre polie.

Pierre brute. Moi je préfère les jeunes qui sont pierre brute et que je vois se polir avec le temps. La pierre polie, c’est de la façade.

On a une citation qui illustre le blog : « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs », de Kennedy. Qu’en pensez vous ?

Je ne suis pas d’accord. Les meilleurs sont toujours par rapport à une situation donnée et aux objectifs fixés ensemble. Trouver les meilleurs, c’est un graal que j’ai arrêté de chercher. Rendre meilleur les personnes avec qui vous travaillez tous les jours et s’améliorer à leur contact, c’est moins glamour, plus laborieux mais plus proche de la réalité.

Les photos sont l’oeuvre de Marie Roullé. Retrouvez son travail sur sa page Facebook !

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please copy the string vFzjE5 to the field below: